Scream



Quand j'étais ado dans une vie antérieure, quand j'étais cette jeune fille fraîche de 17 ans et que j'ai regardé le film d'horreur "Scream" la nuit avec mes soeurs, quand j'ai senti les premiers frissons d'un thriller, je ne pensais pas que viendrait le jour où je saurai vraiment ce que c’est que d'avoir peur, ce que c’est que de marcher et se retourner pour s'assurer que l'homme que je viens de croiser ne va pas se retourner pour me poignarder en plein coeur, pour m'étrangler, pour me harceler, pour me voler, que sais-je ? Les psychopathes ne manquent pas ici bas, dans ma Tunisie à moi, à nous ! Cette Tunisie qui est devenue si hostile bien avant le 14 janvier, car en décembre dernier j'ai déjà eu la peur de ma vie. Je marchais dans cette rue sombre à une vingtaine de mètres de la gare routière de Beb Saadoun, et j'ai vu cette ombre qui s'est approchée de moi. Au début je n'y ai pas prêté attention, je me disais c’est juste un piéton qui a traversé la rue et qui marche dans la même direction que moi. Mais comme l'ombre suivait mon rythme et surtout quand elle s'est mise à parler, j'ai eu peur, le sang s'est gelé dans mes veines, j'ai compris que ce n’est pas juste une ombre, ce n’est pas juste une âme qui cherche à rentrer chez elle par cette froide nuit d'hiver, c'est une âme malveillante qui rôde autour de moi, qui me parle, qui peut me faire ce qu'elle voudra ! On était toutes les deux seules dans cette rue, je voyais déjà les louages à quelques mètres mais ils étaient encore trop loin, cet homme qui est venu me hanter avait tout le loisir de me battre, de me voler, de... Je ne me rappelle plus de ce qu'il m'a dit exactement, j'ai cru saisir des phrases comme "veux-tu me parler ?", "tu me plais", et je ne sais quelles autres bizarreries ! Je me suis rappelée des films d'horreur, et surtout de l'actualité sanglante de mon propre pays, ces kidnappings, ces disparitions, ces viols, ces braquages qui s’enchaînent à un rythme fou au plus grand plaisir des gens comme Abd el Razzek et co ! Je me suis dit c’est comme ça que les crimes se produisent : une jeune fille solitaire, un voyou, une rue déserte et le tour est joué ! Tous les ingrédients de l'épouvante et du crime étaient là ! Alors je me suis dit que je vais l'ignorer( je suis douée pour ça), mais la gare était encore loin, alors je ne sais comment je lui ai dit en lui montrant ma montre dans un geste spontané mais ô combien maladroit, car ma montre était signée et attirante, or j'avais trop peur pour calculer mes pas, je lui ai dit qu'il se fait tard et que je dois attraper  le bus ! Et là contre toute attente il s'est arrêté, il a marmonné ah d'accord, ok ! J'ai eu alors le temps de le regarder pour la première fois et j'ai vu un jeune homme d’environ une vingtaine d'année, peut être plus, il semblait comme perdu, un peu fou ! Mais je m'en fous, j'étais trop heureuse de me sauver indemne et de courir vers la station ! Dieu soit loué, j'ai eu plus de peur que de mal !

Mais le mal est revenu, le mal est là, quand aujourd'hui j'étais dans une boutique à faire du shopping (obligée) et que la caissière était angoissée, les rumeurs courent qu'à Beb bhar il y a des individus armés de couteaux qui ont fichu la trouille un peu partout, les gens étaient terrorisés, les boutiques commençaient à fermer, dehors il pleut, je dois rentrer, de toute façon j'ai fini avec les courses. Le métro est trop risqué par les temps qui courent (d’ailleurs il n'y en avait presque pas), les taxis bonne chance avec ça, alors je vais à pieds comme à l'accoutumée. Mais les rues étaient trop désertes, l'obscurité menaçait de s'installer dans moins d'une heure, les rares piétons que je croisais m'inspiraient méfiance et terreur, il suffit qu'un homme s'attarde un peu  sur mon visage pour que je stresse, je me sentais à la merci du hasard, comme une noyée menacée par les "dents de la mer" ! 

Je sais que la liberté est très chère à payer, j'ai toujours été courageuse, je ne me plains pas, même que j'aime bien le suspense, le risque et le mystère. Mais là j'ai cru qu'on allait revenir à la vie normale, qu'on allait retrouver petit à petit notre sérénité qui serait cette fois justifiée par un climat sain de liberté, et non d'un régime policier qui veut instaurer de force sa foutue "stabilité"! Maman tout à l'heure m'a dit en pleurant qu'elle s'inquiète trop pour nous, qu'elle aimerait qu'on n'aille plus au boulot, ni à la faculté mes soeurs et moi, j'ai essayé de la rassurer en lui disant que Dieu s'occupera de nous, qu'Il nous protégera, et qu'on ne pouvait pas s’enfermer chez nous, qu'il fallait que la vie continue, .. mais en même temps, intérieurement, je me disais : et si demain à cette heure je ne serais pas chez moi ? Et si maman se rappellerait de cette discussion comme la dernière qu'elle a jamais eu avec sa fille Imen de 28 ans ? Et si c'était mon destin de croiser  le chemin d'un criminel ? Et si c'était demain que j'aurais rendez-vous avec la terreur et que je pousserais un Scream intérieur car j'aurais trop peur pour émettre un son quand on viendra me chercher ? Et si cette fois ce n’est pas juste aux "autres" que le mal arriverait ? 



Démangeaisons



Désenchantée déteste dimanche, désenchantée est fatiguée, droguée, hypnotisée, le sachet de fervex qu'elle s'est tapé il y a deux heures commence à faire son effet, elle a les membres raidis, elle se sent faible, abattue, mais il faut qu'elle parle.

Désenchantée déteste dimanche, tout comme l'étranger de Camus, le jeune Meursault détestait dimanche, le soleil aussi, tout comme la Désenchantée, le soleil la rend nerveuse, c’est à cause de ça que je suis en prison ! A cause du soleil Mr le juge ! Le soleil m'a ébloui alors le coup est parti tout seul ! 

Ah et au fait Désenchantée regrette de ne pas être avocate ! Elle ne l'a jamais autant regretté qu'en ces jours de révolution, elle savait qu'elle a raté sa vocation depuis un moment. Sa mère lui a dit une fois : tu aurais dû être avocate, tu as toujours les arguments qu'il faut ! Et c’est là que l'idée l'a frappée de plein fouet ! Oui c’est ça j'aurais fait une excellente avocate, en plus j'étais très forte en lettres au lycée, je lisais beaucoup, j'aurais pu faire des études de droit, bon c’est vrai je déteste la partie "récitation" il faut apprendre par coeur des textes juridiques, etc,  mais je m'en fous, je me serais débrouillé avec un peu d'intelligence et de "frappage de langue", je suis forte en langues, donc j'aurais pu réussir des études de droit ! Désenchantée aurait tellement aimé défendre et se battre pour les bonnes causes, une carrière d'avocate ça l'aurait tellement fatiguée, car elle est du genre tout feu, tout flamme elle est hyper sensible et elle prend les choses très à coeur, mais au moins elle aurait excellé dans son domaine, au lieu de moisir dans les bureaux froids de l'administration publique. Ce n’est pas qu'elle n'aime pas le titre d'ingénieur, son diplôme d'ingénieur, mais elle aurait fait mieux en tant qu'avocate,  en plus elle adorait la série Ally Mc Bill, alors oui elle aurait fait une excellente avocate ! Elle aime le concret, sauver des vies, régler des problèmes, make a difference in people's lives, sensiblement ! Et non travailler avec un ordinateur, manipuler des chiffres, rédiger des rapports, faire des enquêtes ! Non ce qu'elle veut la Désenchantée c’est  l'action, le concret, le face à face avec les autres et avec elle-même ..

Elle aurait aimé défendre les héros de la Kasbah par exemple, elle aurait aimé y aller, participer, mais elle n'en avait pas eu l'occasion et ça elle le regrette vraiment ! Mais elle ne regrette pas d'être allée au boulot hier, c'était une journée mémorable ! Le ministre de l'emploi était en dialogue direct avec les jeunes chômeurs, puis ce sont les cadres du ministère qui ont pris la parole, chacun se plaignant, dénonçant tel ou tel problème. Une femme surtout en a profité pour dénoncer le comportement lâche de cet homme soixantenaire travaillant au cabinet qui l'harcelait sexuellement, et devinez quoi ? L'homme en question était là, devant tout le monde avec sa tête grisonnant, que dis-je ? avec ses cheveux tout blancs trahissant voir exagérant ses 63 ans,  à essuyer ces accusations honteuses, à essayer de se défendre maladroitement, mon Dieu il n'a pas honte ? Ils lui ont demandé de dégager auparavant mais il est toujours là, il tient toujours à sa chaise, à sa place qu'il aurait confisqué à un autre bien plus méritant que lui ! Un collègue a ensuite pris la parole et a demandé au ministre de ne pas trop s'occuper des problèmes des cadres du ministère mais surtout des jeunes au chômage, il lui a dit avoir vu des gens vivre dans des conditions extrêmes et là sa voix est devenue tremblante, il était secoué par les pleurs et tout le monde a applaudi, je lui ai dit bravo à la sortie,  bravo pour ce que tu as dit, mais au fond je voulais lui dire bravo d'être aussi humain ! Car pour mieux servir les jeunes, il faut soigner les tares énormes qui existent dans l'administration publique ! Par ailleurs,  j'ai vu des collègues dire qu'ils détestent leurs salaires parce qu'ils sont arrivés au point de lire un journal puis rentrer chez eux ! Pourquoi ? Parce qu'on ne leur donne pas à travailler, parce qu'on ne leur donne pas l'occasion de se surpasser et d'user de leurs compétences accumulées au bout de longues années d'études, comme les CSP (conseiller au services publics) des gens qui après la maîtrise font trois ans à l'ENA où ils sont payés durant les années d'études, ils bénéficient de stages à l'étranger, et à la fin ils sont automatiquement affectés dans les ministères ! Pourquoi ce gâchis ? Pourquoi on arrive au point de se demander si notre salaire est halal ou pas ? Désenchantée était très touchée d'entendre ses collègues raconter leur désarroi, d'assister à ces confessions bouleversantes de vérité et de franchise, elle avait l'impression d'assister à ce genre de réunions qu'on voit dans les séries américaines, ce genre de thérapie de groupe devant un psychologue,  elle se disait alors je ne suis pas la seule à avoir ce genre de remords ? A me sentir coupable parce que je n'ai rien produit depuis des jours ? 

Quelle journée chargée d'émotions, et ce ministre si patient ! Il est venu l'espace d'une matinée pour entendre les souffrances vieilles de quelques dizaines d'années ! Bonne chance avec ça ! Mais tu arriveras, j'ai confiance en toi, j'aurais aimé te parler moi aussi, te parler de ce vieux vicieux qui n'a pas respecté mon voile, qui n'a pas su garder pour lui ses commentaires arrogants à mon adresse et à celle de mes amies, j'aurais aimé m'adresser directement à ce vieux lèche bottes pour lui dire de quel droit tu t'es placé en tuteur ? De quel droit tu t'es permis de "contrôler" notre tenue, de parler de l'une des choses les plus personnelles d'un individu : sa façon de s'habiller ! J'aurais aimé lui dire tellement de choses, mais je n'ai pas voulu ! A quoi bon ? mes collègues ont dit l'essentiel de ma pensée, et je n'ai pas envie de pleurnicher, le voile c’est un  acquis pour moi, ça fait longtemps que je ne souffre plus de discrimination concrète, en plus je crois que le vieux vicieux a été suffisamment puni et humilié comme ça, la femme originaire de Sidi Bouzid ne l'a vraiment pas ménagé, et comment ! Elle est arrivée au point de demander à quelqu'un de l'accompagner chaque fois qu'elle devait se rendre à son bureau ! Et comment, ce moment elle l'a attendu depuis trop longtemps ! 

Désenchantée déteste dimanche, au fond de son coeur il y a encore des choses qui la rongent, la dérangent, elle sent comme une démangeaison, sa tête est lourde depuis décembre 2010, elle souffre de démangeaisons liées essentiellement au temps excessivement beau, à cet hiver estival, à cette Tunisie qui n'a pas fini de se consumer depuis le jour où un marchand ambulant (et non un diplômé, quand on est vraiment pauvre on n'a pas le luxe de faire des études supérieures) a décidé de s'immoler, paix soit à son âme. Je termine par une dernière démangeaison, depuis que le rêve tunisien a commencé, je n'ai vu presque personne dire "Dieu merci", on est toujours en train de glorifier le peuple et on oublie que sans la volonté de Dieu, rien de cela ne serait arrivé !

Dear diary 2



Ceci est la suite du Dear diary, retour sur une journée mémorable...

Vendredi 14/01/2011

Minuit passée, devant la télé je regarde bouche bée ces "tunisiens" que je ne connais point et qui sont sortis manifester leur joie, leur soutien au président, des voitures qui clignotent, des drapeaux qui flottent, des enfants tout sourire qui crient longue vie au... vampire, le son d'une darbouka, ça me rappelle la foule qui sort célébrer la victoire de son club après un match de football. J'étais incrédule, le peuple tunisien est-il si facile à contenter ?  La liberté d'expression, des médias, la crucifixion  (simulée ) de Ammar 404 c'est bien beau tout ça mais est-ce suffisant pour oublier le sang qui dans les ruelles tristes et nues de Téla et Sidi Bouzid n'a pas encore séché ?  Est-ce  que le fait de pouvoir accéder à Youtube sans proxy constitue le rêve ultime des tunisiens, ce à quoi ils aspirent, ce pourquoi ils sont sortis par milliers dans les rues de Sfax, Kasserine, Tunis, Monastir...? Mon Dieu c'est encore une comédie fabriquée, bien préparée, les drapeaux sont trop propres, les posters sont trop neufs, les enfants sonnent trop perroquets, ça pue la langue de bois, ça sent la mauve-aise foi, je ne suis pas dupe et je n'oublie pas ! 

Hannibal tv, pour la première fois on va parler avec liberté, Lotfi Laaméri commence par nommer les membres de la famille criminelle, puis Raouf Ben Yaghlène avec son style si vif, animé par son engagement vieux de plus de trente ans, avec sa sincérité d'artiste et d'humain engagé, crie au scandale! L'espoir me revient enfin de voir juger les criminels, mon Dieu c'est quand même un acquis, quel tournant, c'est historique !  

Une heure du matin, je me couche, je devais me réveiller dans cinq heures, j'ai prévu d'aller au boulot puisque  a priori  tout est sous contrôle et le peuple est "content" ! A sept heure  me voilà installée dans la voiture à côté de mon père qui partage avec ma mère la corvée de m'emmener tous les jours à la gare de Jarzouna. La ville était déserte, même le port qui d'habitude était encombré par les énormes camions et semi-remorque était déserté. La gare routière était vide aussi, fermée, obscure. On a compris alors que cette journée allait être encore spéciale ! D'ailleurs ils ont prévu une grève générale.  Retour à la maison, la conscience tranquille j'ai retrouvé mon lit  pour dormir un peu avec l'intention d'aller après chez ma soeur jumelle, pour me connecter. Souvenez-vous depuis dimanche la connexion chez nous a été coupée or j'ai besoin de savoir ce qui se passe, de voir des images, je ne savais pas alors que dans quelques heures, un seul mot soignera tous les maux, brisera tous les mœurs : Dégage !

13h30 je descends du taxi à Menzel Jemil, je ne savais pas que j'étais aussi populaire car juste là m'attendait une foule compacte, des hommes, des garçons, des enfants et .. des bâtons. Beaucoup de bâtons, mais je n'ai pas eu peur, je savais qu'ils se préparaient pour d'éventuelles attaques, ils étaient là prêts à défendre leurs biens, leurs familles, leur pays à la fin! Alors j'ai aimé le spectacle, j'étais excitée, je savais qu'aujourd'hui plus que jamais quelque chose de vraiment unique allait se passer ! 

Chez ma sœur entre Al Jazira et Facebook, on était excités, tous ! Même la petite Eya, ma chérie, celle à qui je donnerais ma vie ! On regardait ces images incroyables de l'avenue Habib Bourguiba, on était très contents, les voilà les vrais tunisiens, le peuple est là uni par sa volonté de changer,  de se libérer, de renverser le tyran, on  se résoudra à vivre de pain et d'eau fraiche mais toi traitre tu restes pas ! Sors de là ! Et d'une seule voix des milliers ont crié, répété : Dégage !

Je ne me rappelle plus très bien des détails de la journée, mais je n'oublierai jamais cette bande qui s'affiche en bas de l'écran chaque fois qu'il y a un évènement important : on annonçait l'état d'urgence dans tout le pays, puis le couvre feu! Je n'oublierai jamais le moment où mon beau frère est venu nous dire qu'on racontait que le président avait quitté le pays ! D'une seule voix ma sœur et moi on s'est écrié Nooon !! Comment est-ce possible ? Il a vraiment capitulé, baissé les pattes devant ce peuple grand et indestructible par sa volonté ?! Et immédiatement cette bande passante nous disait qu'on allait nous annoncer un évènement d'une extrême importance ! Cette fois c'est sûr il n'y a plus de doute ! Le président is OUT ! Le peuple a triomphé de son dictateur, Bouazizi n'est pas mort, c'est nous qui nous l'étions d'une certaine façon et par son geste désespéré, il  nous a ouvert les yeux sur notre triste réalité. Quelle incroyable Intifada, quel incroyable peuple, .. Al Jazira l'a annoncé le président Zine el Abidin Ben Ali a quitté la Tunisie, c'est officiel ! 

Puis le trio tremblant, obscur, Ghanouchi avec ses multiples fautes en arabe nous annonçait que le président a quitté le pays mais qu'il reviendrait, non mais arrêtez de mentir haha ! Cette fois c'est fini, 23 ans de despotisme, de dictature qu'il a couronnées par le sang innocent qu'il a sucé tel un vampire, il a lâché sur nous ses chiens enragés pour stigmatiser la révolution du peuple, pour nous montrer que sans lui on sombre dans le chaos, pendant toute une journée tv7 n'arrêtait pas de nous montrer les images des biens publiques détruits, aucune image des martyrs, ça ils ne le montrent pas, maman ne te l'avais-je pas dit ? Je savais que c'est lui, son jeu n'est que trop clair, il l'a bien montré qu'il ne reculerait devant rien pour préserver sa vie et celle des siens, sur nous gisant de son poids lourd de  23 ans, non ! Non vieux tyran, assassin, cette fois le peuple t'as dit Non on ne veut plus de toi, sors de là Dégage hahaha mon Dieu je n'y crois pas ! Parti vraiment ? chassé de son pays à jamais ? Mais c'est un lâche ! Amina t'as vu ?! Eya va vivre dans la liberté, génération libre, même moi je ne suis plus désenchantée, je suis enchantée par cet incroyable évènement qui vient de se passer, finalement c'était très facile de le chasser, de triompher de sa tyrannie, Allahou akbar  et Dieu merci ! 

A suivre...

Grand coeur malade


Que c'est triste la vie, je suis étourdie, je n'en peux plus d'entendre parler de lui, je n'en peux plus de me réveiller chaque jour pour me souvenir de ce qu'il a fait, de toutes ses atrocités, de sa traîtrise, de son infidélité, je n'en peux plus d'entendre des tunisiens crier dans les télés, dans les radios devenues des centres d'appel on dirait, je suis fatiguée d'entendre parler de démocratie et de liberté, ça me dégoûte de voir les traîtres d'hier retourner leurs vestes comme si de rien n'était, ça me désole de savoir que les criminels l'ont échappé belle, ça me révolte que c'est seulement aujourd'hui qu'on annonce trois jours de deuil, que les tués s'appellent désormais des martyrs, bon Dieu ça fait plus de dix jours qu'on est en deuil, ce n'est pas maintenant qu'on va se "souvenir" de tous ces cercueils ! Je suis dégoûtée de voir les gens se plaindre de l'arrêt des cours, d'autres crier au scandale, à l'année blanche et puis se plaindre dès qu'on annonce la rentrée des classes ! 

Mais ce qui me tue vraiment c'est que personne ne parle d'islam au milieu de tout ça, tout le monde réclame la laïcité comme si la religion était une entité de laquelle on pouvait facilement se séparer, une chose physique qu'on pouvait ranger dans un tiroir et vivre sa vie, quelque chose de soi disant personnel et spirituel qui n'avait pas sa place dans la vie réelle, politique et sociale tout cela au nom de la liberté, maudite soit elle alors si elle signifie dénigrer sa religion, se passer des lois du Divin, faire ses propres lois avec toutes les imperfections propres à l'Homme, maudite soit la démocratie si elle signifie que tout le monde même les homos auront le droit de faire ce qu'ils veulent, honte à ce peuple schizophrène qui fait la queue pour acheter la bière quelques jours après la chute du dictateur, honte à ce peuple schizophrène qui se dit musulman et qui est le premier à combattre sa propre religion, à confondre islamiste et musulman, pourquoi dès que je parle d'islam vous me parlez d'islamisme ? Comment pouvez-vous croire en Dieu et refuser ses lois ? D'où est-ce que vous tenez la prétention de savoir plus que Lui, de pouvoir se passer de Lui pour organiser votre foutue vie politique. Et qu'est-ce que vous en savez de la politique d'abord ? Quand je vois les mêmes animateurs qui hier parlaient de sport, des problèmes de tel club, de la démission de tel entraîneur et qui aujourd'hui parlent de politique, ça me suffit pour être dégoûtée, pour savoir à quel point les tunisiens adorent parler, gueuler, aboyer des slogans vides de sens, mastiquer des notions qu'ils ne maîtrisent même pas! 

Ce soir enfin je suis malade, triste, aveugle, révoltée, désabusée, étrangère encore une fois et plus que jamais, je n'ai que mes mots et mes larmes pour me consoler, pour crier mon agonie, ma mélancolie, ma fatigue, ma somnolence. Mon coeur est malade de tant de résistance, de tant de souffrance et de déceptions. Ce soir je sens de l'injustice, je me dis que je ne mérite pas ça, mon amie aujourd'hui me disait que je suis forte, je le croyais aussi, mais l'espace de quelques heures tout a changé, tout a basculé, j'en avais trop sur le coeur sans m'en rendre compte ou peut être je faisais semblant de ne rien voir, je faisais semblant que tout va bien, que j'ai rangé, vidé mes tiroirs, je croyais que je pouvais me regarder dans un miroir sans voir ces yeux pleins de larmes et de désespoir. J'ai toujours eu un mental de fer, de winner et je refuse l'échec, je ne suis pas habituée à perdre, malgré ma paresse et ma nonchalance j'ai toujours fini par gagner, triompher de ma propre maladie celle de tout laisser traîner, ça peut être les études, le boulot, un téléphone que je n'ai pas envie de décrocher, mais à la fin je ne perdais pas, tout me revenait ! Alors ce soir j'ai du mal à vivre ça, perdre, c'est plus fort que moi!

Dear diary




Dimanche 09/01/2011

Je suis en deuil, plus dégoûtée que jamais de ce qui arrive quelque part dans les rues nues de Kasserine. Encore un dimanche, je déteste dimanche, mais cette fois la lourdeur, la mélancolie a une "bonne" raison d’exister : la mort, le crime,  l’injustice.

Lundi 10/01/2011

J’écris un article comme pour évacuer un peu toute la rage qui est en moi. Mais cette fois ça ne marche pas, le crime est trop grand et me fait mal … j’aurais aimé participer à la manifestation prévue l’après-midi à Tunis, et je maudis et le boulot et ma supérieure trop intransigeante quand il s’agit de "sortir".
Le soir mon cousin est venu me chercher, il m’a raconté que le Monoprix a été saccagé, que le centre ville a été dévasté, on est passé juste devant et de mes propres yeux j’ai pu constater les dégâts, mon Dieu qui et pourquoi ?  
De retour à la maison, pas d’Internet ! J’ai presque envie de me tuer.

Mardi 11/01/2011

Boulot, j’ai appris des trucs nouveaux, l’après-midi j’ai écouté le discours du dictateur traitant mes frères assassinés de terroristes, ça m’a fait mal, ça m’a rendue triste. Le soir toujours pas d’Internet, cette fois je me calme car on m’a promis que le problème sera réglé le lendemain sans faute !

Mercredi 12/01/2011

Maman aurait aimé que je n’aille pas au boulot, mais j’y suis allée quand même, on a prévu un déplacement à la Goulette avec des collègues, changement de programme à la dernière minute vu l’instabilité de la "situation", le bus jaune canari qui a traumatisé des générations et que j’ai vu sur le trottoir gisant après avoir brûlé des heures durant en est la preuve  !

Je déjeune avec une amie, on se paye un bon repas dans un restaurant du coin, décor traditionnel et intime, une ambiance presque ramadanesque avec la soupe dans de la poterie tunisoise, l’obscurité qui s’est vite installée et la zitouna FM qu’on écoutait. Après ce repas succulent, un collègue m’appelle pour me dire de renter tout de suite car il n’y avait plus de bus ni de métros. J’ai dit ok j’étais excitée, je suis allée quand même au bureau me brosser les dents, chose cruciale attention et puis bonne nuit les enfants.

J’étais très fatiguée, je marchais lentement, de toute façon je devais prendre le bus de 15h30 direction Bizerte, et pour la première fois j’ai senti cette ambiance jusque là inconnue, j’ai senti le silence qui précède la tempête, j’ai humé l’odeur de la révolte, j’ai senti que quelque chose de vraiment grave allait se passer, j’ai vu ça au nombre de boutiques fermées, aux collègues qui rentraient dans le sens inverse, aux rues un peu trop "désertées", et puis quand je suis arrivée à Bab Saadoun et que le bus est venu, j’ai entendu des gens dire que peut être on ne nous laissera pas monter, que le bus de Ras Jbel a été bloqué, que le pont de Bizerte pourrait se lever, ça m’a énervée ! On monte enfin, cette fois on rentre par le chemin de l’Ariana, la situation est très grave du côté du Bardo. Sur le chemin, ma petite sœur m’appelle pour me dire qu’elle ne pourra pas venir me chercher à la gare de Bizerte, que là-bas il y avait trop d’émeutes, qu’elle a failli être attaquée et qu’elle s’en est tirée de justesse. Ok  ce n’est pas très rassurant tout ça, mais je suis du genre courageux et j’adore les situations un peu spéciales, moi qui déteste tant la routine, je n’avais pas le droit de me plaindre, j’étais bien servie. Arrivée à Jarzouna, je traverse le pont à pied parce que je n’ai pas envie d’attendre un taxi durant une éternité et là quand je suis arrivée au bout du pont j’ai senti ce gaz lacrymogène, je me suis couverte le visage mais je ne pouvais pas couvrir mes yeux, et pour la première fois j’ai senti ce que c’est un peu d’être palestinien, j’ai vu cette fumée blanche qui dérange, et je me suis précipitée à droite guettant un taxi enfin il arrive il m’a sauvé ! Le taxiste était vraiment en colère contre le dictateur, il m’a dit qu’il en avait marre de manger des pattes, qu’il ne pouvait pas espérer manger des dattes, consommer de l’huile d’olive, qu’il était très fatigué à la fin ! Je rentre à la maison, maman me voilà, maman ne pleure pas !  

Toujours pas d’Internet, cette fois j’en ai marre, je suis vraiment en colère, j’ai besoin de me connecter bon sang de voir ce qui se passe en ce moment, quelqu’un n’a pas fait son boulot, et demain je n’irai pas au boulot, je suis dispo, je veux passer une nuit blanche à voir ce qui est arrivé depuis dimanche !

Alors maman on descend en ville pour régler ce problème, ça doit être calme à cette heure du soir, et là le joli spectacle ! Le centre ville on dirait un champ de bataille, avec des énormes pierres jonchant le sol, la fumée un peu partout, et puis les soldats, nouvel ingrédient, nouveau décor. Mais surtout ces gens qui tiraient des chariots, qui se promenaient avec un écran d’ordinateur, un micro ondes ou une radio, ces gens qui ne se gênaient pas à se servir et à brandir fièrement leur butin au vu et au su des soldats muets immobiles, imperturbables. Maman a eu vraiment peur, elle pleurait son pays qu’elle ne reconnaissait plus, elle était amère. Pardonne moi maman, allons rentrons.

Jeudi 13/01/2011

Dès 9h20 ma collègue m’appelle, encore et encore je veux dormir, laisse moi dormir ! Enfin je me lève oui, non je ne viens pas, quoi ? Je dois appeler le secrétariat ? Non ? Je dois appeler directement la supérieure ? OK excellente façon d’entamer la journée ! Oui allo Madame (façon de parler c’est encore une demoiselle, sa vie c’est le boulot), je ne pourrai pas venir aujourd’hui. Et là une question à laquelle je ne m’attendais pas : pourquoi ? De sa voix grave et autoritaire elle a osé me dire pourquoi ? J’avais envie de répondre non mais t’as pas vu ce qui se passe sur Al Jazeera ? Madame la situation est très grave à Bizerte, c’est très dangereux de sortir en ces temps-ci ! Et là : il n’y a pas de transport ? Euh je ne sais pas mais en tout cas le centre ville est inabordable, c’est par là que je dois passer, hier j’étais accueillie par le gaz lacrymogène et ..  ok c’est bon, bonne journée ! ouf et pff

La vérité est qu’il n’y avait pas de transport cette journée là, seulement je l’ignorais et j’étais trop honnête pour mentir et lui dire non alors que je n’en étais pas sûre, je me demande si elle mérite que je sois aussi honnête avec elle finalement ! Le soir même j’avais envie de la taper en pleine gueule, "pourquoi" femmelette ? Parce que le peuple est en train d’écrire l’une des pages les plus importantes de son Histoire, parce que ton con de prédicon allait plier bagage et devenir le SDF des airs dans quelques heures hahaha, parce que tu ne peux pas faire semblant que tout va bien, que tout est normal alors que c’est loin d’être le cas ! Quelque chose de vraiment grand est en train de se passer, alors la prochaine fois ton pourquoi tu te le garderas ok ? Et puis à quoi bon te blâmer, c’est moi la conne qui ai pris la peine de t’appeler !

Et puis je ne me rappelle plus de ce que j’ai fait durant la journée, ah si j’ai passé et reçu quelques coups de fils, j’ai rendu visite à une proche qui habite tout proche, et puis il y avait ces discussions un peu violentes avec maman à propos de lui, le dictateur, enfin son dernier discours dont j’ai déjà parlé et il m’est trop pénible de recommencer, je me rappellerai juste de mes larmes d’indignation et voilà ! Il a réglé tous nos problèmes, il nous as compris enfin (il en a mis du temps quand même, son QI ne doit pas dépasser la quarantaine), il va juste brandir sa baguette magique (empruntée à Harry Potter) et soudain tout ira bien (comme toujours) alors demain j’irai au boulot !

A suivre…

Amour, gloire et môcheté



Je ne sais par où commencer, ce qui s’est passé me dépasse, me surpasse, se passe de mots, je me trouve dans une impasse, mais je vais essayer quand même, pardonnez mes idées si elles s’enchainent, je sens comme une hémorragie interne, j’ai besoin de mots mais y en a-t-il pour décrire un héros, y en a-t-il pour condamner un bourreau ? Je ne sais pas dites le moi s’il y a des mots pour parler de notre Intifada, pour parler de nos « atfel el 7ijara », pour parler de notre Mohammed Vendetta, qui s’est immolé, qui a brûlé comme pour réveiller de son long et triste sommeil la belle au bois dormant, la belle nation, la Tunisie en silence souffrant, depuis des années, depuis un siècle, depuis une éternité. Dites- le moi s’il y a un mot pour décrire ce pays, cette chère Tunisie, ce peuple démuni qui est devenu si hardi, qui a répondu au cri assourdissant d’un vendeur ambulant, qui s’est révolté contre l’injustice, le despotisme et la pauvreté, ce peuple qui d’une seule voix s’est levé, s’est élevé, a revendiqué son droit à la vie, à la liberté, ce peuple où le sang s’est mêlé aux larmes, aux mots, aux chansons, certains ont rappé leur flamme, pour ce pays pour la patrie, pour une Tunisie libre et unie contre son bourreau trop prétentieux et aveugle pour voir que cette fois le peuple ne plaisante pas, le peuple est en colère, rien ni personne ne l’empêchera de crier, de fredonner un seul air : Liberté ! Ben Ali dégagez ! 

Tes aveux puant le mensonge et l’hypocrisie viennent trop en retard, cette fois le peuple en a plus que marre de ta face dégueulasse tueur d’enfants, suceur de sang, assassin d’innocents, grand hypocrite, tu as mis dix jours pour rendre visite à Mohammed, tu faisais la sourde oreille, tu croyais que tu allais nous étouffer comme d’habitude et triompher de notre volonté, t’avais la certitude que tu pouvais nous maintenir encore dans ta servitude, quand des dizaines ont été déjà tués t’es venu nous annoncer que désormais nous n’aurons plus besoin de proxy pour accéder à Youtube, sans blague !! Non mais tu ne pouvais pas faire pire ! Ton dernier discours, ça m’a donné une envie de vomir, et des larmes aussi, des larmes d’indignation, car tes paroles viennent trop en retard, le mal, trop de mal a été déjà fait, trop de sang a coulé , trop de vies ont été étouffées, volées et violées, trop de mères terrorisées, trop d’enfants affamés, trop de rêves enterrés avant même que d’exister, trop de jeunesse ravie à la fleur de l’âge, et c’est maintenant quand le volcan a déjà fait éruption que tu viens nous parler en "tunisien", que tu essaies de sauver les meubles enfin, que tu joues la comédie, non mais tu t’es vu ? Trop tremblant, trop maladroit, trop acteur à la fin ! On t’as trompé dis-tu ? Menteur infâme ! Tu criais, tu répétais les phrases comme pour montrer ta détermination, mais c’est fini, le peuple a dit son mot : plutôt mourir que de te voir garder ton empire ! Et puis cette dernière tragicomique tentative de laver les cerveaux des gens simples d’esprit avec ces posters étincelant de propreté ces bandes de cons loués à l’heure pour jouer à cette ultime comédie burlesque, hahaha mon Dieu que c’est drôle, que c’est pathétique !

Je sais que tu souffres maintenant, je doute fort que tu sois allé au KSA pour faire un pèlerinage, alors ça fait quoi l’esclavage ? Tu te sens comment ? Un peu étourdi ? Allez courage vieux con ça passera, dits-toi bien que tu es au Paradis, car le jour où ton âme criminelle et coupable s’en ira vers l’au-delà les choses sérieuses vont commencer tu verras, Dieu est Grand et Miséricordieux Il peut pardonner tous les pêchés de ceux qui croient en Lui (et au fait crois-tu en Dieu ? car vu ta façon de faire les choses, tu ne sembles pas Lui accorder beaucoup d’importance) MAIS quand il s’agit des injustices entre les personnes Dieu ne pardonne que si les persécutés pardonnent à leur bourreau ce dont je doute fort, je doute fort que les mères des martyrs te pardonneront, je doute fort que les pères de famille qui ne trouvent pas de quoi acheter un peu de lait ou un médicament à leurs enfants te pardonneront, je doute fort que les milliers de musulmans que tu as fourré en prison te pardonneront, je doute fort que les filles voilées qui comme moi ont été rejetées, interdites d’accès à leurs facultés te pardonneront, je doute fort que le peuple libre sur lequel tu as lâché tes chiens enragés comme une dernière signature d’un dictateur désabusé te pardonnera, je doute fort que .. Mon Dieu il y a trop d’exemples et ça ne joue pas en ta faveur ok ? Tout ça pour te dire enfin que tu brûleras inchAllah en Enfer voilà, ça c’est un fait, une vérité scientifique, compris ? Alors à ta place euh j’essaierai de m’exercer dès maintenant, de me familiariser avec le feu, de l’apprivoiser comme on apprivoise un babouin, bon tu peux commencer petit à petit en faisant quelques exercices (que les enfants ne devraient pas essayer chez eux hein j’insiste). Alors exercice n°1 : quand tu réchauffes un peu de lait au microondes mets 10 minutes au lieu de 2, et tiens ton bol à main nue, ça fait mal mais ce n’est rien comparé à ce qui suit : exercice n°2 : tu vas aider ta coiffeuse de femme à la cuisine et ce faisant tu feras semblant d’oublier que le feu ça brûle et tu t’amuseras à fourrer ton annulaire dans les flammes, comme ça tu joindras l’utile à l’agréable : te familiariser avec le feu et te débarrasser de ce qui te lie à cette femme infâme, je suppose que tu la détestes comme jamais à présent si ce n’est déjà fait depuis longtemps hahaha

Bon j’ai fini avec toi, j’en ai marre de toi, je suis dégoutée de parler d’un criminel de ton envergure, Sadam Hussein était un excellent exemple à suivre, cet homme qui a tué des milliers et qui l’a bien payé dans cette vie, n’en parlons pas de celle d’après, il a été capturé, humilié et jugé, il a été exécuté le jour même de l’Aid, et hélas par des étrangers, mais il l’a bien mérité, on ne tue pas ainsi des innocents et on espère s’en tirer aussi facilement, je crois que Dieu lui a enseigné une bonne leçon, et en même temps c’était un exemple à suivre, même le con Gadafi l’a dit, un jour viendra votre tour, aujourd’hui ton tour est venu Ben Ali mais tu as eu l’énorme privilège d’être destitué par ton propre peuple qui a pris son destin entre les mains, tu as eu l’énorme privilège encore de te tirer vite fait, les gens t’auraient massacré mais t’avais trop de chance et tu t’es cassé juste à temps. C’est la dernière fois que je t’adresse la parole, puisse tu crever en Enfer avec tous mes souhaits de malheur éternel et de ... terreur!

Notre 9/11



Désormais on n'a rien à envier aux américains, ils ont eu leur 9/11 (à lire en anglais de grâce), nous avons le nôtre : 9 pour le jour, 11 pour l'année et hop c'est le "rêve tunisien" qui s'estompe, le pays de la joie éternelle et de la stabilité a été démasqué, pris au dépourvu, il aurait suffi d'une seule étincelle pour que le beau château de cartes s'effondre, entrainant avec lui des dizaines de victimes...

Tous les jours au petit matin j'allume la radio, et presque tous les jours je tombe sur l'émission de RTCI à 6h30 pile : les éphémérides du jour, avec sa musique solennelle et la voix féminine récitant les événements qui ont eu lieu  un 1er novembre, un 10 décembre ou  un 9 janvier. Je me demande alors si l'année prochaine on parlerait des évènements qui ont eu lieu un 9/11 quelque part dans un enfer appelé Kasserine. Car le Kasserine c'est la partie de la Tunisie la plus touchée par la pauvreté, le chômage et comme par hasard la criminalité ! La mendicité y est un sport collectif, quotidien et un métier qu'on apprend de père en fils. Voilà ! Alors excusez-les mesdames et messieurs s'ils ont eu un peu marre de leur vie de chien, et qu'ils ont eu envie de brûler quelques voitures, casser quelques fenêtres ou jeter quelques pierres ok ? Don't take it personal, ils n'ont rien contre vous, alors pourquoi vous en faites une affaire personnelle ? Pourquoi vous leur répondez par des tirs ? Ils demandent la vie vous leur donnez la mort, mais de quel droit chiens enragés ? Quoi, vous en avez eu marre de ne pas avoir l'occasion d'utiliser vos pistolets? Vous avez eu envie de les essayer sur de la chair humaine, de la chair pas très chère, qui ne coûte pas cher enfin, ce ne sont que des pauvres, fils de pauvres c'est ça ? De quel droit vous en faites un autre Gaza encore plus moche et plus horrible que l'original car des tunisiens ont été assassinés par des tunisiens supposés les protéger ! 

Je ne sais pas ce qui s'est passé exactement, Dieu seul le sait, mais une chose est sûre vos tirs ne sont pas justifiés, ça doit être le dernier recours, quand on se défend pour sa vie, l'ultime solution et encore ! Vous aurez pu tirer en l'air, par terre, ça aurait été largement suffisant ! Mais non ! Vous êtes des vampires et vous avez soif de sang, de sang pur ! Alors désolée, je suis sincèrement désolée pour vous, tout ce que vous avez réussi à faire c'est d'envoyer quelques dizaines de privilégiés au Paradis, vous les avez délivrés de leur agonie, de leur vie où ils ne mangeaient pas à leur faim, où ils ne buvaient pas à leur soif, où ils grelottaient de froid, où ils attendaient tous les jours un avenir meilleur qui ne venait toujours pas ! N'empêche que je vous en veux à mort , de gaspiller ainsi le sang humain, je vous maudis de nous avoir offert des images dignes de nos frères palestiniens, je vous maudis d'avoir écrit de vos mains sales dégoulinant de sang l'une des pages les plus noires, les plus honteuses, les plus tristes, les plus sanglantes de l'Histoire de la Tunisie! Nos ancêtres sont morts par la main de l'envahisseur français, et mes frères sont morts aujourd'hui par la main du dictateur, voilà pour un Changement c'en est un !

A cause de vous, de votre lâcheté, de votre bassesse le pays est en deuil, à cause de vous je ne suis pas fière d'être tunisienne, à cause de vous je pleure un pays, un pays dont la télé nationale n'a pas hésité à passer son dimanche sport habituel, aucun respect, zéro pour les jeunes qui ont trouvé la mort, aucun respect pour les familles qui ont perdu un être cher, aucun respect pour les tunisiens qui se sentent concernés par le sort de leurs frères, aucun mot de compassion par ce froid d'hiver mêlé à celui de la mort et du désespoir ! Non mais quels cons vous êtes ! Vous avez tellement peur que vous ne savez plus quoi faire ! Vous aurez dû annoncer trois jours de deuil, vous aurez dû pointer la face et vous excusez auprès des familles des victimes, faire des promesses sérieuses, consoler un peu le peuple ! Mais non vous êtes encore là à jouer ce vieux jeu usé, dérapé, délabré, fatigué, celui de se voiler la face ! Je vous trouve trop voilés pour des gens qui n'aiment pas le voile et qui le combattent ! Trop hypocrites à la fin, plus hypocrites que ça vous mourrez ! En tout cas c'est ce que je vous souhaite franchement hein, don't take it personal, je vous souhaite la mort, à bas traitres et chiens enragés, à bas toute main qui a appuyé sur la détente, à bas tout responsable de cette boucherie, à bas tous ceux qui ont vendu leur âme au diable, à bas ennemis du peuple!

Mon 2010



Elle s’appelait 2010, fille du temps, produit de l’Homme, codification absurde pour donner un semblant d’organisation et de bon sens à la vie chaotique  que mènent les humains. Elle aurait pu s’appeler autrement, je lui aurais donné un bien joli nom : Tsunami par exemple. Car l’année 2010 était un Tsunami pour moi, un Tsunami d’émotions et de larmes, j’en ai versé des litres et des tonnes, elles étaient comme la pluie parfois torrentielles, interminables, parfois fines, silencieuses et calmes, mais toujours là, abondantes. L’année 2010 est celle où j’ai pleuré le plus de ma vie. Non je n’ai perdu aucun membre de ma famille, je n’ai échoué à aucun examen ou concours, je n’ai essuyé aucune perte quelle quelle soit,  mon problème c’est juste elle, "ce dont on ne doit pas parler", vous savez.. la S… En plus ce n’était pas juste des larmes de tristesse et de souffrance, c’était toutes sortes de larmes : satisfaction, bonheur, excitation, reconnaissance, amour, délivrance, fous rires et peur... j’en ai versé avant hier, je regardais un film, ils ont montré une tombe, un enterrement et hop deux petites larmes ont coulé immédiatement, des larmes de peur, de désolation sur le sort qui m’attend un beau jour, quand mère terre m’engloutira, puisse Dieu avoir pitié de moi… et de vous !

2010 c’est aussi l’année où j’ai dormi le moins, mon corps n’a jamais autant souffert, pauvre cœur euh corps ce qu’il a enduré, tous les jours à se lever avant 6h, à courir , à aller et venir, à parcourir des kilomètres à pieds (ça m’a usé quelques souliers), à rentrer meurtri, à veiller tard parce que sa propriétaire est amoureuse de la nuit, elle aime bien veiller avec quelques amis virtuels, à facebooker, à faire ses numéros habituels, puis enfin il est minuit, il se repose, une courte pause avant de reprendre de plus belle sa course infernale...

Car 2010 c'est aussi l’année de toutes les routines, tel un automate ma vie, mon temps, tout était déjà tracé et je devais suivre cette feuille de route  qui commence à Bizerte et se termine à Tunis, dans les entrailles de la ville mais pas forcément de la vie, je me suis sentie plutôt morte dans ce bureau et souvent je me suis demandé si je pouvais continuer ainsi, à travailler dans cet établissement publique qui ne correspond pas à mes envies. Seulement voilà, je n'avais pas une autre alternative, et je n'avais aucune envie d'entrer dans un nouveau cycle d'hibernation alors j'ai continué à mener cette lutte perpétuelle toujours renouvelée, jamais épuisée.

En 2010 j’ai appris à dormir dans un bus, à dormir debout, à écrire un poème debout, à entendre des histoires à dormir debout et grimacer un sourire forcé, en 2010 j’ai appris le langage des sacs et des coudes, cette lutte au grès des rues et des piétons dont certains ne savent pas marcher et laisser marcher.. ils te foncent dessus et tu n'as qu'à les bousculer, en 2010 j’ai appris à quel point mon pays est sale, la Tunisie ça pue, ça pue la Tunisie ( deux phrases différentes), j’ai appris à anticiper un scénario de braquage ou pis encore et préparer mon sac à la contre attaque, j’ai appris à profiter de l’obscurité du soir pour pleurer tout en pressant le pas vers la gare, à me sentir la plus malheureuse créature de la Terre et à pointer ma face encore humide 10 secondes plu tard devant le guichet pour prendre un ticket (et oui spécialité bizertine : abonnement + ticket), j’ai appris à ne pas avoir le temps ni l’espace pour pleurer à mon aise, bon sang, j’ai appris à jeûner de 7h à 13h, à regarder ma montre 36 mille fois par jour  ou par heure (encore un record ), j'ai appris  enfin  à m'approcher de l'autre, lui parler, à avoir des amies dans le bus prêtes à changer leurs tickets de 14h contre le mien de 15h et essuyer les commentaires  du chauffeur décidément de mauvaise humeur. En 2010 j'ai appris à partager.. avec vous mes secrets et mes blessures, j'ai appris à écrire mon agonie et mes plaisirs. En 2010 j'ai appris à haïr ... les fumeurs, les voleurs, les kidnappeurs et la censure.

2010 l'année où j'ai passé le plus de temps devant le pc, l'année où j'ai pleuré le plus, dormi le moins, regardé ma montre, signé des autographes ( une moyenne de 4  autographes par jour pour les fans hhhhhh), marché, couru, gagné de l'argent aussi, je viens de m'en rappeler, c'est pas que le salaire est génial, c'est que j'ai tenu pendant douze mois voilà ! 

Que me reste-t-il de 2010? Le premier jour au boulot quand j'ai voulu m'enfuir, courir très loin et dormir...  mon adorable nièce de quelques mois, le jour où elle m'a regardée de ses yeux bleus étincelants pour la première fois, où elle m'a vue carrément et m'a souri pour me dire qu'elle me reconnait, qu'elle  me connait, qu'elle m'aime et sait que je l'aime aussi...  quand ma supérieure a accepté de signer mon congé, quand j'ai sauté sur elle et je l'ai embrassée...  quand j'ai vu ce gigantesque airbus qui allait m'emmener pour la première fois hors de ma Tunisie, le décollage, l'atterrissage, la guerre des bagages, la Médina, Makka, quand j'ai perdu le chemin avec une vieille tante à charge, ce moment cruel et mortel où j'ai cru ne plus revoir mon pays et mes bien aimés, où j'ai cru me perdre à jamais ! Le retour, Fullah et ma belle jellaba, l'étreinte de ma tante, l'horrible retour à la vie "normale", mon coeur laissé au pays des merveilles,  mon agonie au travail, mes déceptions amico sociales,   le mois de juin si clément, l'été la navette horrible martyr se renouvelant, l'énorme coup de blues deux jours après mon anniversaire, cette confession que j'ai faite à un ami, le meilleur,  cette promenade nocturne à Nabeul, cette nuit seule à l'hôtel,  décembre chaleur étouffante, du jamais vu, souffrance et horreur à l'échelle de la nation, souffrance et solitude comme jamais, et à la fin, vers la toute petite fin, une rencontre ou plutôt des retrouvailles,  un moment de plaisir partagé, un coup de coeur comme je n'en ai jamais vécu, et puis .... désolée je ne peux pas continuer, 2010 c'est déjà fini !