Mon coeur est au pays des merveilles (ép11)

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Makka Arabie Saoudite le 26 mars 2010

Ce que j'ai écrit dans mon carnet ce jour-là :

"... et quand nous allions retourner ma tante et moi à l'hôtel, je n'ai pas trouvé le bon chemin, personne ne connaissait l'hôtel, j'étais tout près, de l'autre côté de la rue mais je l'ai manqué. J'ai passé plus de deux heures à marcher, à galérer sous un soleil de plomb. Je m'imaginais une SDF, je me voyais passer la nuit à la mosquée comme les misérables venus des bidonvilles de Bombay.

Enfin c'est pas la peine de m'attarder sur le sujet, déjà cela me fatigue d'y penser et puis les mots ne décriront jamais assez tout ce que j'ai enduré, ce que j'ai senti, tout ce que j'ai galéré. Mais surtout les mots ne servent à rien car ce qui m'est arrivé restera à jamais gravé dans ma tête avec ses moindres détails quand bien même je serais une vieille femme et que mes petits enfants s'étonneraient de mes mains ridées.

Le plus important est qu'on a su rentrer saines et sauves après mes efforts de recherche ................. enfin je ne veux plus ajouter aucun mot sur le sujet! Je dirais simplement que j'ai pleuré toutes les larmes de mon coeur une fois retrouvé cette chambre d'hôtel que je critiquais le matin même. Dommage que ma première journée à Makka, ce jour où j'ai pu accomplir le rituel religieux aura toujours un goût amer dans ma mémoire et dans les pages de mon histoire."

Bizerte Tunisie le 27 mars 2011

Aujourd'hui quand je lis ces lignes, je ne peux m'empêcher de sourire intérieurement. C'était là mes réflexions à chaud, c'était sincère mais complètement fou et faux ! Car le souvenir de ma première journée à Makka aura toujours un goût exquis dans ma mémoire. Si je regrette une chose c'est de ne pas m'y trouver en ce moment. J'aurais tellement aimé y retourner, c'est pourquoi j'étais tellement jalouse des voyageurs turcs que j'ai vus à l'aéroport d'Istanbul lors de mon dernier voyage et qui s'apprêtaient à s'envoler dans leurs habits blancs, si bien organisés au pays où le rêve devient réalité... Alors même ce terrible épisode où j'étais perdue a un charme particulier que seul le temps a su me l'enseigner. Si c'était à refaire je n'aurais rien changé, ce qui ne me tue pas me rend plus forte encore et toujours ! J'ai appris une leçon d'humilité, j'étais partie dans un voyage spirituel, je devais m'élever au dessus de tous les petits détails mondains et banals. Je n'aurais pas dû me plaindre de la chambre trop petite ou du 12ème étage dans lequel on logeait. J'étais jeune, forte de mes vingt sept ans et en pleine santé, combien de gens donneraient-ils pour être à ma place ? Cette chambre si étroite m'offrait l'énorme, l'incommensurable privilège de me trouver dans la Mosquée, près de la Kaâba où la prière en vaut cent mille, à la ville natale de mon cher prophète pbuh. Pas étonnant qu'aujourd'hui et maintenant je pleure d'amour et de nostalgie, je pleure parce qu'il y a exactement une année j'habitais à quelques minutes de ce lieu sacré, je contemplais la Kâaba en direct et à volonté,  je marchais sur la terre qui a connu le meilleur homme au monde, alors le reste .. existe-t-il vraiment ? 

Je ne sais pas si je pourrai vous raconter les détails de cette journée du 26 mars 2010, je ne sais pas encore si cela vous intéresse,  mais je sais qu'aujourd'hui je vis et je vivrai toujours dans l'espoir d'y retourner un jour, le plutôt possible, à cette terre sainte où tout a commencé ! Y retourner avec mon homme, voilà mon souhait ! 

Je sens que c'est le dernier épisode ...

Mon coeur est au pays des merveilles (ép10)



Il y a un an jour pour jour ..  je n'aurais jamais cru mettre plus d'un an pour terminer ce récit, le récit d'un voyage au plaisir inouï !  


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Makka Arabie Saoudite, 25/26  mars 2010

La Médina était en train de nous échapper à mesure que le bus avançait vers cette nouvelle destination, Makka ! La femme qui était assise à mes cotés  ronflait déjà, dès les premiers "pas", tandis que je m'étonnais de ce gigantesque embouteillage dans lequel nous étions coincés. Je contemplais ces voitures japonaises et américaines très larges, luxueuses typiquement "saoudiennes", j'écoutais la radio locale, des rythmes khalijiens, je me sentais vraiment touriste et je l'étais. Je voulais m'imprégner de toute cette ambiance qui m'était inconnue, mais un peu honteuse, j'ai vite changé de station.  Ecoutons un peu le Coran, n'est-ce pas le but finalement ?  

J'ouvre les yeux, je ne me rappelle plus à quel moment je me suis endormie mais avant il faisait frais et maintenant j'étais en sueur. Quelle chaleur suffocante, si pesante. Ah le climatiseur ne marche plus ! Génial ! Et cette femme à côté de moi  ronflait toujours et encore, imperturbable avec son rythme régulier. Soudain elle se réveille, j'en profite pour descendre. C'était la pause, une pause qui a duré plus d'une heure. J'ai voulu prendre quelques rafraichissements, du thé s'il vous plait sans sucre, j'ai prononcé cette phrase dans un arabe littéraire pour éviter tout genre de confusion. L'homme qui me servait s'enquit de ma nationalité, j'ai répondu Tunisie. Ah c'est bien vous parlez bien l'arabe. J'ai dit oui naturellement ! Et là il m'a posé la question qui tue : "pourquoi vous parlez trop le français dans les pays du Maghreb ?". Que lui dirai-je ? Que la France nous a colonisés ? Quelle absurdité ! Et comme s'il lisait dans mes pensées, il m'a dit : je suis originaire du Yemen, mon pays a été colonisé par les anglais durant 300 ans et pourtant on ne parle que l'arabe ! J'ai eu beaucoup de respect pour cet homme et son pays, et en revenant au bus, tenant entre les mains ce thé brûlant, je méditais sur ma Tunisie : pourquoi cette schizophrénie ? ..

[Vous vous étonnez peut être (si vous êtes concentrés) du contraste entre : rafraîchissements et thé brûlant, eh bien rassurez-vous le thé c'était pour mon père, moi j'ai pris un soda.]

Nous avons repris la route et sommes vite arrivés à destination, en pleine nuit. Je voyais cette immense montagne avec ses lumières flamboyantes, le bus nous emmenait toujours plus haut et c'est là que j'ai réalisé enfin que cette montagne n'est autre que le Haram et les somptueux bâtiments environnants. On y est : bienvenue à Makka ! J'ai levé la tête pour voir le nom de l'hôtel (ce détail aura son importance dans le prochain épisode), j'ai lu : Hawazen. En pénétrant à la réception, l'étroitesse de la salle m'a frappée de plein fouet ! Après j'ai compris que vu le relief montagneux qui caractérisait la région, on parait le manque d'espace par la hauteur des bâtiments. Alors, quand notre groupe a fait irruption dans la réception, le personnel de l'hôtel était visiblement de  mauvaise humeur, carrément agacé, on était trop nombreux, trop chargés et on gênait la circulation ! 

Tout en étudiant les visages fatigués de mes compatriotes, j'attendais  le verdict : dans quel étage allait-on nous fourrer cette fois ? Ah le 12ème, bon c'est déjà mieux que l'autre hôtel où on logeait au 13ème, quelle différence ! Par ailleurs, la chambre  d'hôtel était vraiment minuscule, une chambre conçue à la base pour accueillir deux personnes et que la cupidité du propriétaire l'a transformée en une cage à trois hiboux. Et pour comble de bonheur il y avait cette flaque d'eau au milieu des 2 m² de surface disponible ! J'étais aux anges ! C'était la goutte qui a fait déborder le vase ! Je ne voyais pas comment j'allais passer une semaine dans cette chambre charmante mais trop petite pour moi, mon père et ma tante. J'étais carrément désespérée mais la fatigue a pris le dessus et je me suis abandonnée au confort de mon lit douillet ...


Deux heures plus tard je me suis réveillée en sursaut, notre chef de groupe nous a appelés pour faire la Omra ensemble. Et c'est le coeur battant de joie et d'excitation que je me suis dirigée vers l'ultime raison pour laquelle j'étais là : la Kâaba ! Au bout de dix minutes de marche, nous traversions l'une des principales portes menant à l'intérieur, et là je l'ai vue .. belle, imposante et fière. Je me suis rappelée qu'il était bon de prier en ce moment précis, ce que j'ai fait ! Et je me suis dit qu'elle n'était pas aussi grande que je l'imaginais.. je me trompais .. J'étais encore dans mes réflexions quand une femme de notre groupe m'a attrapée par le bras et m'a dit de ne jamais la quitter sous aucun prétexte durant les sept tours qu'on allait effectuer autour de la Kaâba. J'étais touchée par son geste mais je trouvais son action exagérée.. encore une fois je me trompais .. car il était très facile de se perdre ici, des gens pouvaient nous couper la marche à tout instant, notamment ces chaines humaines turques, qui n'hésitaient pas à bousculer les autres pour sortir de cet énorme "manège", .. Une fois terminé les sept tours, nous nous sommes dirigés vers les robinets pour boire l'eau de Zam-zam, puis nous avons fait la prière et enfin il ne restait plus qu'à effectuer les sept allées et venues entre Al Safa et Al Marwa. Nous étions tous ensemble, des femmes se sont occupées de ma tante, mais à un certain moment j'ai entendu le bruit d'une chute, et devinez qui c'était ? Ma pauvre vieille tante, qui à cause de moi a eu un malheureux incident avec l'escalator à la Médina et voilà qu'aujourd'hui encore,  entraînée dans une course folle avec des femmes qui avaient l'âge de son fils,  est tombée la tête la première par terre ! Le groupe s'est éloigné bien évidemment, nous sommes restés sur place à attendre qu'il fasse le premier tour mais en vain alors nous avons décidé de terminer tout seuls. Cette fois mon père a escorté sa soeur, et ma tante du haut de ses soixante-dix ans (ou plus) avec un pied presque blessé a accompli l'énorme exploit de faire les sept tours ! 


Encore émerveillés et bercés par la douce sensation de celui qui a fait son devoir, on a entendu l'appel à la prière. Un appel assourdissant, imposant, magnifique ! Je me rappellerai toujours de cette petite fille indienne qui s'est mise à pleurer effrayée qu'elle était de la voix qui disait Allah akbar ! Ses parents avaient beau la consoler, elle était encore terrorisée, pauvre petit coeur ...  C'était un vendredi, Abd Al Rahmen Al Soudays a fait la Khotba dans un arabe littéraire que seule l’élite pourrait bien comprendre. Le thème était, si je me souviens bien : la vie de couple. Ensuite est venu le temps de prier ! Il avait récité sourat Al ghachya, et je n'en croyais pas mes oreilles. Car cette même sourat je l'avais dans mon portable et je l'écoutais avec la voix d'Al Soudays, mais de l'entendre là en live, un vendredi 26 mars 2010, cela m'a vraiment enchantée ! J'étais très émue, heureuse et reconnaissante ! 


Papa m'avait demandé auparavant de l'attendre pour fixer le lieu où nous nous verrons à la fin de la prière, mais comme il a tardé je ne l'ai pas attendu. Et confiante en moi et en la simplicité du trajet, j'ai emmené ma tante en direction de l'hôtel. Mais cette fois la route n'était plus la même, la pente était trop raide, les visages trop hostiles, les voitures trop nerveuses et le monde tout simplement différent et indifférent ! Je ne voulais pas y croire, je persistais dans ma marche obstinée, en espérant voir quelque paysage familier, mais plus j'avançais, plus la réalité se montrait à moi dans toute son horreur : j'étais bel et bien perdue avec une vieille dame au pied meurtri qui comptait sur moi pour la ramener dans cette chambre que je critiquais quelques heures plus tôt, mais que je donnerais tout pour la retrouver à présent !  

Laïcité je t'envoie valser

Tout est dans le titre : à quoi bon développer ? Ah oui parce que vous êtes curieux de savoir pourquoi, certains commencent peut être déjà à me coller l'étiquette de fanatique, de bornée ou de je ne sais quoi. Je vais vous dire une chose : je suis hyper dégoutée de ce débat à propos de  laïcité en Tunisie. Vraiment ça me sort par les oreilles, mais je suis dans l'obligation d'en parler hélas, car chaque fois que je décide de m'abstenir, je vois un phénomène qui me tracasse, qui me pousse à parler moi aussi, et crier haut et fort mes envies, l'envie entre autres de rompre avec cette foutue laicité exportée de chez l'occident par manque d'intelligence ou d'imagination ? Par manque de savoir de son islam, de sa religion ! Qu'y a-t-il de positif ou de bon dans la laïcité que l'islam ne nous a pas offert  d'ores et déjà ? Quel est donc votre mérite ? Où réside votre innovation ? Nulle part absolument ! Si ce n'est dans le fait de renier insolemment les lois de Dieu, de lui dire désolé on croit en Vous ô Seigneur, on fait même nos cinq prières, on a peur de Vous, on Vous respecte, mais désolé notre vie on la gère tout seuls,  c'est enre nous et notre petite société civile, on ne va pas revenir 1400 ans en arrière attend, avec la fameuse laicité garante absolue de la liberté, de la démocratie, des droits de l'homme, la religion c'est personnel, la religion pour Dieu et le pays pour tous et toute la panoplie des slogans pompeux, couleur rose bonbon, d'amour, de respect, de tolérance et de liberté, entre autre la liberté de culte. Liberté de culte ! Are you kidding me ? C'est à l'Islam que vous brandissez ce slogan ? Le Coran qui dit : لكم دينكم و لي ديني ?

Mes amis si votre laïcité ne signifiait que : liberté, égalité, respect et tolérance alors il n'y a pas plus laïque que l'islam, et la Terre n'a jamais connu meilleur laïque que le prophète saas et ses compagnons et fidèles. Seulement la laïcité est loin d'être juste cela, ces slogans étant la belle vitrine que vous brandissez à quiconque oserait vous contredire, juste des slogans auxquels vous croyez ou vous vous efforcez d'y croire en sortant manifester. Mais le principe fondamental de la laïcité (vous le connaissez bien) c'est de séparer l'Etat de la Religion, c'est-à-dire vous passer des lois divines et inventer les vôtres humaines avec toutes les imperfections et  les défauts propres à l'Homme. Alors si ce n'est pas de l'insolence, de la perfidie et de l'arrogance vis-à-vis de son Créateur dites-moi ce que c'est ? J'aimerais bien le savoir ! Quels noms donnez-vous à cela ? De quels jolis termes exportés, siliconés usez-vous pour faire avaler cette grossièreté à votre conscience puis à celle des autres ? "évolution", "progrès", "démocratie", .... ? Comme si l'Islam n'offrait pas ces "idéaux" et mieux encore ? Bon, je ne sais pas pour vous mais en tant que musulmane et avec tout l'esprit critique dont Dieu m'a dotée, je ne peux que m'incliner devant des versets tels que : 

قال تعالى في سورة المائدة

44
إِنَّا أَنزَلْنَا التَّوْرَاةَ فِيهَا هُدًى وَنُورٌ يَحْكُمُ بِهَا النَّبِيُّونَ الَّذِينَ أَسْلَمُواْ لِلَّذِينَ هَادُواْ وَالرَّبَّانِيُّونَ وَالأَحْبَارُ بِمَا اسْتُحْفِظُواْ مِن كِتَابِ اللَّهِ وَكَانُواْ عَلَيْهِ شُهَدَاء فَلاَ تَخْشَوُاْ النَّاسَ وَاخْشَوْنِ وَلاَ تَشْتَرُواْ بِآيَاتِي ثَمَنًا قَلِيلاً وَمَن لَّمْ يَحْكُم بِمَا أَنزَلَ اللَّهُ فَأُولَئِكَ هُمُ الْكَافِرُونَ

45
وَكَتَبْنَا عَلَيْهِمْ فِيهَا أَنَّ النَّفْسَ بِالنَّفْسِ وَالْعَيْنَ بِالْعَيْنِ وَالأَنفَ بِالأَنفِ وَالأُذُنَ بِالأُذُنِ وَالسِّنَّ بِالسِّنِّ وَالْجُرُوحَ قِصَاصٌ فَمَن تَصَدَّقَ بِهِ فَهُوَ كَفَّارَةٌ لَّهُ وَمَن لَّمْ يَحْكُم بِمَا أَنزَلَ اللَّهُ فَأُولَئِكَ هُمُ الظَّالِمُونَ

46
وَقَفَّيْنَا عَلَى آثَارِهِم بِعِيسَى ابْنِ مَرْيَمَ مُصَدِّقًا لِّمَا بَيْنَ يَدَيْهِ مِنَ التَّوْرَاةِ وَآتَيْنَاهُ الإِنجِيلَ فِيهِ هُدًى وَنُورٌ وَمُصَدِّقًا لِّمَا بَيْنَ يَدَيْهِ مِنَ التَّوْرَاةِ وَهُدًى وَمَوْعِظَةً لِّلْمُتَّقِين

47
وَلْيَحْكُمْ أَهْلُ الإِنجِيلِ بِمَا أَنزَلَ اللَّهُ فِيهِ وَمَن لَّمْ يَحْكُم بِمَا أَنزَلَ اللَّهُ فَأُولَئِكَ هُمُ الْفَاسِقُونَ


و أنزَلْنَا إِلَيْكَ الْكِتَابَ بِالْحَقِّ مُصَدِّقًا لِّمَا بَيْنَ يَدَيْهِ مِنَ الْكِتَابِ وَمُهَيْمِنًا عَلَيْهِ  فَاحْكُم بَيْنَهُم بِمَا أَنزَلَ اللَّهُ وَلاَ تَتَّبِعْ أَهْوَاءهُمْ عَمَّا جَاءَكَ مِنَ الْحَقِّ لِكُلٍّ جَعَلْنَا مِنكُمْ شِرْعَةً وَمِنْهَاجًا وَلَوْ شَاء اللَّهُ لَجَعَلَكُمْ أُمَّةً وَاحِدَةً وَلَكِن لِّيَبْلُوَكُمْ فِي مَا آتَاكُم فَاسْتَبِقُوا الْخَيْرَاتِ إِلَى اللَّه مَرْجِعُكُمْ جَمِيعًا فَيُنَبِّئُكُم بِمَا كُنتُمْ فِيهِ تَخْتَلِفُونَ

49 وَأَنِ احْكُم بَيْنَهُم بِمَا أَنزَلَ اللَّهُ وَلاَ تَتَّبِعْ أَهْوَاءهُمْ
وَاحْذَرْهُمْ أَن يَفْتِنُوكَ عَن بَعْضِ مَا أَنزَلَ اللَّهُ إِلَيْكَ فَإِن تَوَلَّوْا فَاعْلَمْ أَنَّمَا يُرِيدُ اللَّهُ أَن يُصِيبَهُم بِبَعْضِ ذُنُوبِهِمْ وَإِنَّ كَثِيرًا مِّنَ النَّاسِ لَفَاسِقُونَ

أَفَحُكْمَ الْجَاهِلِيَّةِ يَبْغُون
 وَمَنْ أَحْسَنُ مِنَ اللَّهِ حُكْمًا لِّقَوْمٍ يُوقِنُونَ 


C'est exactement cela : qui peut prétendre être meilleur juge, meilleur connaisseur que Dieu qui l'a créé et en qui il croit ?! N'est-ce pas de la schizophrénie pure et dure et au sommet de son "art" ? Car dès le départ je m'adressais et je m'adresse aux musulmans, que tous les athées, agnostiques et autres ne se sentent pas concernés par mon "discours" (mais tout à fait libres de lire et de réagir).

Et les versets sont encore nombreux dans ce sens, je me demande ce que vous en faites ? Vous allez me répéter comme des perroquets qu'il n'y a pas une seule interprétation du texte coranique ... eh bien je vous réponds encore et toujours par le Coran mes chers frères musulmans :
قال تعالى في سورة آل عمران

 هوَ الَّذِيَ أَنزَلَ عَلَيْكَ الْكِتَابَ مِنْهُ آيَاتٌ مُّحْكَمَاتٌ هُنَّ أُمُّ الْكِتَابِ وَأُخَرُ مُتَشَابِهَاتٌ فَأَمَّا الَّذِينَ في قُلُوبِهِمْ زَيْغٌ فَيَتَّبِعُونَ مَا تَشَابَهَ مِنْهُ ابْتِغَاء الْفِتْنَةِ وَابْتِغَاء تَأْوِيلِهِ وَمَا يَعْلَمُ تَأْوِيلَهُ إِلاَّ اللّهُ وَالرَّاسِخُونَ فِي الْعِلْمِ يَقُولُونَ آمَنَّا بِهِ كُلٌّ مِّنْ عِندِ رَبِّنَا وَمَا يَذَّكَّرُ إِلاَّ أُوْلُواْ الألْبَابِ

Besoin d'expliquer ou puis-je compter sur votre intelligence, votre honnêteté ou simplement votre curiosité ? Dieu n'est-Il pas Juste pour nous laisser un livre qu'on ne saurait comprendre ? Va-t-Il nous laisser nager dans un brouillard épais et puis nous juger ? Tout n'est pas clair certes, il y a une bonne marge d'ijtihed, mais l'essentiel, le fondamental est là. Il est bien clair, écrit noir sur blanc, et les oulémas imminents, dignes de confiance ne manquent pas, que ce soit les contemporains ou les anciens. Alors dites le moi : quel camp choisissez-vous ? Musulmans ou Croyants ? Car écoutez bien ceci :

قال تعالى في سورة الأحزاب


وَمَا كَانَ لِمُؤْمِنٍ وَلَا مُؤْمِنَةٍ إِذَا قَضَى اللَّهُ وَرَسُولُهُ أَمْرًا أَن يَكُونَ لَهُمُ الْخِيَرَةُ مِنْ أَمْرِهِمْ وَمَن يَعْصِ اللَّهَ وَرَسُولَهُ فَقَدْ ضَلَّ ضَلَالًا مُّبِينا

Il a bien dit "croyant" et non pas juste "musulman", à méditer ...

Alors, soyons conséquents : pourquoi vouloir appliquer un concept qui n'a pas sa place dans un pays majoritairement musulman ? Où sont les ethnies, les races et les différentes religions ? Bien sûr il y a des juifs et des chrétiens, que je salue au passage, mais c'est dans une infime proportion. On les respecte, personne ne touchera à leurs droits en tant que citoyens tunisiens comme vous et moi, mais tout cela est dans l'esprit même de l'islam, alors pourquoi vouloir s'en débarrasser ? Pourquoi toute cette islamophobie déguisée dans la modernité et l'évolution ? Comment est-ce que l'islam est devenu si étranger, si controversé sur sa propre terre et quand ? Je me sens triste en écrivant ces lignes, c'est à croire qu'on aurait besoin d'un nouveau Ukba Ibnou Nefâa, voilà l'oeuvre de plus de cinquante ans de laicité injuste face à la religion. L'islam persécuté à travers les "barbus et les voilées", combien de fois j'ai pleuré, combien de fois on m'a fermé la porte au nez, combien de fois on m'a menacée harcelée, emmenée en voiture pour "signer" , tel un criminel ou un attardé ?! Pourquoi aujourd'hui encore je n'ai pas le droit de mettre une photo avec le voile sur ma pièce d'identité ? Où êtes-vous défenseurs des droits de l'homme, des droits pour tous, où sont mes droits ? Il y a dix jours quand je rentrais de Turquie et que le jeune homme vérifiait mon passeport vous n'avez pas une idée de l'humiliation que j'ai sentie, de le voir me contempler un moment la tête voilée, puis de regarder ma photo la tête découverte ! Pourquoi ? Parce que Bourguiba a décidé qu'il allait se placer en tuteur de la femme et lui enlever son voile, on connait tous cette scène ! Et que son successeur Zin les voleurs, a suivi le chemin tout tracé. Et que personne ne s'avise de défendre Bourguiba car je suis déjà bien consciente de tous ses mérites mais pour moi il a fait plus de mal que de bien hélas.

Cela m'ennuie de perdre le fil de mes idées et de parler de personnes : moi, Bourguiba ... c'est de l'ancienne histoire tout ça. Restons concentrés : aujourd'hui les tunisiens sont divisés à cause de la laïcité, une notion en somme plus compliquée et diverse qu'elle n'en a l'air, demandez aux experts. Aujourd'hui mes amis, on veut tous la même chose : que notre pays prospère, s'épanouisse, que notre société puisse récolter les fruits de la révolution pour que dans quelques années nous bâtissions l'avenir solide de nos enfants et des futures générations. Alors pourquoi se déchirer à cause d'une notion préfabriquée qui ne garantit rien en fait, traduisez-moi cela en un programme politique, un parti sérieux et un candidat digne de confiance. 

Je ne comprendrai jamais qu'un tunisien me dise : salut je suis musulman et laique, ça me dépasse, la laicité c'est du kofr, c'est comme si tu disais à Dieu : je refuse de suivre tes ordres, et ce n'est pas moi qui le dis, renseignez-vous, cultivez-vous religieusement, creusez encore et encore, faites votre opinion par vous-mêmes, nagez pour une fois contre le courant ! N'écoutez personne même pas moi, écoutez l'appel de votre coeur, de votre conscience, relisez le Coran et vous verrez par vous-mêmes, vous verrez qu'on ne peut être musulman et laique, ça sonne comme une mauvaise note et ça me rappelle une réplique de l'incontournable Dieudonné, dans "Mes excuses" quand il interprétait le personnage d'un invité à un plateau de télé: "Je suis juif, français, laique et athée", c'est à en mourir de rire ! Mais maintenant je n'ai pas envie de rire, ni même de sourire, l'heure est grave, je dois me resaisir.

J'ai déjà trop parlé excusez moi, je termine par cela, des vers que je dédie à vous, mais surtout à moi :
تعصي الإله وأنت تظهر حبه          هذا محال في القياس  بديـع 
لو كان حبك صادقاً لأطعتـه            إن المحب لمن يحب مطيـع 
 في كل يومٍ يبتديـك  بنعمـةٍ             منه وأنت لشكر ذاك  مضيع  

Désenchantement à Istanbul



Avant toute chose je tiens à signaler qu'il ne faut pas vous fier au titre, Istanbul a été un vrai, un total enchantement pour moi. Désenchantée n'a jamais été aussi enchantée de sa vie, c'est juste que je vais dire ici ce qui ne m'a pas plu en Turquie. Parce que le parfait n'existe pas et que je ne peux pas me défaire de mon oeil critique .. qui me joue des tours, qui me fatigue..

Alors ce que je n'ai pas aimé en Turquie c'est avant tout la langue. Je n'avais jamais imaginé que la langue turque était aussi désagréable, incompréhensible, elle ressemble au russe il me semble, en tout cas je n'ai appris aucun mot turc durant tout le voyage. La seule chose que j'ai apprise c’est qu'Erdogan se prononce Erdoan voilà. J'ai appris cela dans le cadre d'un débat auquel on s'est livrés avec le guide dans la belle Mosquée de Soliman le Magnifique, c'était au quatrième jour du voyage, quand on s'est débarrassé de notre guide Kamel, trop paresseux qui parlait au compte goutte, qui n'aimait pas trop les questions, et qui en plaisantant ridiculisait son pays pour faire plaisir à une bande de retraités français. Voilà une chose que je n'ai pas aimée ! Il était quand même assez sympathique, c'est du reste son seul mérite. Je disais donc qu'au quatrième jour du voyage on a eu droit à un excellent guide qui n'arrêtait pas de parler au plaisir des uns et des autres car tout ce qu'il disait était intéressant surtout quand il a évoqué  la fameuse laïcité, l'occasion pour moi de dire à ce vieux couple français que la laïcité à la française est une laïcité athée qui combattait l'islam et la religion en général. Ils n'étaient pas très contents bien entendu mais je salue leur calme. Cela m'a fait très plaisir de pouvoir discuter de laïcité, de géopolitique, de l'avenir de la Turquie, de son intégration fatale (selon le guide) à l'UE .. avec un groupe de personnes de différentes nationalités, religions et backgrounds. Ce contact humain, cette discussion animée, cet échange avec l'autre dans cette mosquée splendide où je voyais ma petite nièce gambader et courir de toutes parts si enchantée et si heureuse .. voilà l'un des moments forts de ce voyage. Cela m'a tellement changée des discussions virtuelles sur les forums tunisiens avec une bande de pseudonymes cachés derrière des avatars. Cela m'a fait vraiment plaisir,  Dieu merci ! 

Difficile après ça d’enchaîner avec les petits trucs débiles que je n'ai pas aimés en Turquie, par exemple le système d'arrosage par derrière aux toilettes pas si efficace d'ailleurs ou  la qualité de l'eau de robinet à l'hôtel encore moins le fait que j'ai été déçue de ne pas trouver l'ombre de Mouhannad dans les rues d'Istanbul, apparemment c'est un cas particulier car les turcs m'ont semblé très ordinaires physiquement, aussi ordinaires que mes compatriotes ce qui explique l'effet que m'a produit le mannequin dont je vous ai parlé l'autre fois.  Ah oui je n'ai pas aimé la cuisine turque ! Leur pain n'a pas de goût, notre Hrissa nationale m'a trop manqué, mais ça change complètement quand on se penche du coté des sucreries : la baklawa par exemple, un pur délice! Enfin j'ai constaté avec regret le mode de vie si occidental  des turcs, c'est un pays à 99% musulman mais les nombreuses mosquées, si magnifiques soit-elles ne sont pas bien peuplées, pour ne pas dire quasiment désertées. Je n'ai pas vu beaucoup d'islam en Turquie, même les rares voilées que j'ai croisées ont une drôle de façon de mettre le foulard, parfois en augmentant le volume de leur tête comme si elles voulaient attirer l'attention plutôt que de passer inaperçues. Mais je n'oublierai jamais non plus ces belles collégiennes que j'ai vues courir sous la neige avec leur voile à la turque, des petits anges qui se précipitaient dans leur joli uniforme, cartable au dos, sourire aux lèvres, j'ai adoré ! J'ai beaucoup aimé aussi ce jeune adolescent qui lorsque je me précipitais en courant sur un pont est venu avec son violon me jouer un air envoûtant, je l'ai laissé hélas car je n'avais pas d'argent et que je devais rattraper mes compagnons, mais je me suis rappelée ensuite que j'avais une petite pièce de monnaie, 1 euro voilà tout ce que j'avais. Alors j'ai fait demi tour, j'ai lancé la pièce orpheline dans le coffre et le pauvre garçon a repris son violon et s'est remis à l'oeuvre, mais encore une fois j'ai dû le laisser, le coeur serré, j'aurais tant aimé l'écouter, le prendre en photo et l'encourager, mais je n'avais pas le temps et je n'ai pas osé. Mon garçon ce soir en Tunisie une fille pense à toi, son coeur vole du côté de ce pont froid d'Istanbul où tu luttes chaque jour pour gagner ta vie, où tu passes le temps à jouer tes mélodies, en espérant que passera un touriste pas trop pressé pardi ! 

Je me souviens bien aussi que dès les premiers jours à Istanbul j'ai souhaité intérieurement être une vraie turque et non une turque du côté de mon père, parce que mon arrière grand père était venu comme officier conquérir la Tunisie, la Tunisie qui a fini par le conquérir puisqu'il y est resté, pour que je puisse y voir le jour .. un jour et vivre assez longtemps pour voir mon peuple déclencher la meilleure des révolutions, révolution arabe sans nationalité, partout qui s'est propagée, tel un effet de dominos ou une flamme olympique, de mon petit pays a surgi le plus grand feu jamais vu et depuis le monde n'a cessé de vibrer sous les rythmes endiablés et hélas ensanglantés de la plus révolutionnaire des révolutions, signée l'Internet génération ! J'étais trop fière de répondre "Tunisie" quand on me demandait d'où je venais et je répétais toujours la même phrase quand on me demandait si ça allait, je disais : ça va très bien, on est très contents de notre révolution, les choses s'améliorent petit à petit, Dieu merci ! 

C'est donc en me rappelant de mon pays arabe et musulman, du fait que j'ai l'immense privilège de pouvoir lire le Coran dans sa version originale, la meilleure, que je me suis dit non jamais, je suis fière d’être arabe et la Turquie a beau être belle, ma Tunisie l'est encore plus mais à sa façon ! La Turquie si moderne, si européenne parfois asiatique et si riche, je voyais le luxe et la modernité dans les moindres détails de ma journée, dans les wc où le flash se déclenche tout seul à l'entrée comme à la sortie, où tout est automatique, économique et propre, dans le métro qui s'arrête, qui ferme les portes et attend, tu appuies sur un bouton les portes s'ouvrent, tu montes tranquillement, sans contrôleur tu es face à ta conscience tu peux payer ton jeton ou non, rendre le citoyen le plus autonome possible voilà ma conclusion. Et ma soeur m'a dit: j'aimerais tellement vivre ici c'est magnifique ! Mais je lui ai dit que non, notre pays deviendra ainsi et encore mieux sûrement, quand je vois tout cela je pense encore plus à ma Tunisie et je me dis que c’est à nous aujourd'hui et maintenant de construire notre avenir, ce beau rêve d'une Tunisie verte belle et propre, d'une Tunisie civilisée et moderne, musulmane, compétente, développée, épanouie, évoluée ! Non ma soeur chérie, au contraire ce que nous voyons là cela doit nous motiver pour redoubler d'effort, pour travailler, pour nous rendre les plus utiles possible à notre pays, à notre patrie, oui c’est à la sueur du front qu'on deviendra comme la Turquie, et non en se lamentant sur notre sort ! On a déjà fait un grand pas en éliminant le symbole de la corruption et de la dictature mais le plus dur reste à faire et il nous faudra des années pour bâtir la Tunisie de nos rêves ! La Turquie c’est très beau, c'est splendide, mais la Tunisie c’est mon pays que j'aime et que je serai honorée de servir ! Puisse Dieu m'en donner l'occasion à moi, à toi à tous ici, là bas, aujourd'hui et demain, mais surtout maintenant, à l’instant, en ce moment ! Tunisie je t’aime ! 

Enchantement à Istanbul



Comme lors de mon précédent voyage en Arabie Saoudite il y a tout juste un an, j'ai emmené avec moi mon petit carnet pour y noter les évènements de la journée. Cette fois je m'envolais vers la Turquie, en compagnie de ma soeur jumelle, de son mari et de ma blondinette aux yeux bleus, ma nièce chérie avec laquelle j'allais partager mon lit. J'ai essayé de griffonner quelques notes au début mais j'ai vite laissé tomber, je n'avais pas le temps ni la possibilité de faire cet exercice délicat, je partageais mes soirées avec ma petite d'un an et demi, et puis à quoi bon essayer d'énumérer les détails de ma journée, où suis-je allée, combien de temps j'ai passé à m'émerveiller devant une statue, une église ou une mosquée ? Le jardin d'un grand palais, la grandeur et la beauté de cette ville incroyable mais vraie ? Y a-t-il vraiment des mots pour décrire autant d'amour, de gloire et de beauté partout où je vais, dans les ruelles des îles des Princes, ou sur les rives du Bosphore, dans cette chambre d'hôtel même où j'aime bien le son de mes pas sur le plancher de bois ?! Non la Turquie c'est à voir, Istanbul c'est à aimer, à chérir, à déguster, je n'ai pas la prétention de pouvoir la décrire, d'ailleurs dans les meilleurs châteaux à l'intérieur c'est interdit de filmer, ou de photographier, un coup de marketing ou pour protéger ces  trésors monumentaux qui attestent de la grandeur des hommes qui nous ont précédés ? Peut être bien les deux, mais j'en suis ravie, car ce genre d'endroit il faut qu'on y soit pour en apprécier la vraie grandeur et l'incroyable somptuosité ! Aucune photo ne saurait traduire ce que l'on ressent de s'y trouver, ce qu'on découvre au fil des couloirs, des escaliers et des portes, parfois ouvertes parfois fermées, interdites d'accès ! A quoi me sert de vous parler de ces grands tableaux, de ces portraits d'une reine, d'un prince ou d'un roi, ces yeux qui vous regardent, qui sont intacts et qui ont froid, cette peau d'ours qui gisait là, ce piano magnifique, ces portes, ces rideaux de trois ou quatre mètres de haut, cette sensation que l'on a d'entendre le froufrou des robes longues des femmes au harem, les imaginer en train de bavarder dans cet immense salon ou dans la chambre à côté occupées à apprendre le Coran! Mon Dieu c'est une haute trahison que de vouloir décrire cela, non je m'abstiens, je m'incline et je me tais. Je vous souhaite à tous d'y assister, à ce spectacle incroyable où la beauté est extrêmement belle, la richesse infiniment riche et l'énormité tout simplement énorme, .. si ce n'est déjà fait ! 

J'ai décidé donc de ne rien écrire là bas et de laisser libre cours à mes pensées une fois de retour à mon pays. Alors me voici, de retour en Tunisie, mais la Turquie vit en moi. Je n'oublierai jamais la première matinée à l'hôtel, quand ma sœur est venue écarter les rideaux et me montrer la neige, de la neige fine comme du coton, venant du ciel déferlant, sous nos regards émerveillés, reconnaissants ! Je n'oublierai jamais ce défilé de mode dans l'un des meilleurs centres de cuir, où j'étais confortablement assise à siroter du thé si chaud et si bon tout en regardant défiler sous mon regard amusé mais exigeant ces mannequins femmes et..  hommes heureusement, puis  l'un d'eux qui s'est occupé de moi si bien que j'ai  fini par acheter un manteau à 400 euros, 80% de mon budget dès la première journée! Et oui j'ai succombé à ses yeux bleus, ses mèches grises, son sourire doux et son anglais approximatif qui le rendait encore plus adorable (allons j'arrête, le manteau était superbe aussi).Et puis oublierai-je jamais cette croisière sur le Bosphore par ce temps fou de neige et de vent, quand j'ai laissé les gens bien au chaud et j'ai tenu bon à me photographier avec le drapeau, mes doigts meurtris grelottant, ces châteaux, ces belles maisons sur les rives, ce vol d'albatros qui m'a offert un spectacle des plus beaux, des plus charmants ! Je criais, je sautais, je ne pouvais pas contenir ma joie, elle débordait et se déversait dans cette eau vert gris sous un ciel blanc ! Non je n'oublierai rien de ce beau mauvais temps aussi fou que ma jeunesse, que mes 28 ans, cette visite à un vieux magnifique château quand la grêle s'abattait sur nous , que tout le monde était sens dessus dessous mais je m'en moquais éperdument, mes photos il faut que je les prenne, mes moments il faut que je les savoure pleinement, cet air glacial il faut que je le respire à plein poumons, ce gigantesque arbre imposant il faut que j'en emplisse mes yeux fous d'admiration, cette nature déchaînée, pleine de vie, folle à lier, il faut que j'en profite ici même, en ce moment,  qu'ils m'attendent un peu ces vieux touristes ringards installés déjà au bus, je m'en fous j'adore le temps fou, laissez moi danser la danse du loup ! 

Je ne peux pas vous narrer tous les beaux moments que je n'oublierai jamais, autant vous raconter tout le voyage, vous risquerez de vous ennuyer d'ennui et puis surtout de jalousie. C'est vrai d'entendre cela ça donne envie ah la Turquie .. ! 22 millions de touristes chaque année, 40 % des femmes ont moins de 20 ans (ça fait rêver hein messieurs vous approuvez ) ! Un peuple jeune 70% de moins de 30 ans, cela se voit à l'œil nu et puis Istanbul c'est 15 millions d'habitants, Istanbul la belle entre l'Asie et l'Europe, Istanbul l'éternelle,  mais tout ne m'a pas plu en Turquie vous savez ? Allons parlons en ! Enfin pour la prochaine fois j'ai déjà trop parlé dis donc ! 

Lettre à Lili



Petite soeur je te rends hommage
Je me sens maladroite, je ne trouve plus les mots mais je m'engage
A faire cet exercice délicat
Pour te dire combien tu comptes pour moi
Combien tu me manques parfois, même quand tu es là
Moi j'étais seule, un peu perdue et Dieu m'a fait cadeau de toi

Petite soeur m'entends-tu ?
J'étais trop seule, j'étais perdue
Je le suis encore par moments
Mais je n'ai plus peur à présent
Car je sais que ma petite Lili est là prête à m'écouter
A sécher mes larmes, à me consoler
A jouer à la grande soeur avec moi et me conseiller
A me tirer les oreilles s'il le faut et me guider

Quand je m'ennuie je n'ai qu'à te le dire
Par sms, Facebook, par un appel, tu sais me redonner le sourire
Alors j'envoie tout valser : ma solitude, ma lassitude et mes soupirs
Lili est là, une fille sympa, bien dans sa tête
Elle a des principes solides et des concepts
Quand elle s'envole, rien ne l'arrête
Vous avez beau essayer, elle ne retournera jamais sa veste

Fan de science et de lecture
Elle est chaque jour un peu plus ouverte et mûre
Forte de caractère, parfois têtue mais toujours intelligente
Elle porte la Palestine dans son coeur, son âme est consciente
Elle milite pour la bonne cause, elle répond toujours présente
Elle pleure parfois sa Tunisie
Mais garde toujours espoir et agit
Qu'elle parle ou qu'elle écrit
Qu'elle se taise ou qu'elle sourie
Elle sait convaincre et toucher
Ceux qui comme moi, ont le privilège de l'écouter
Car quand elle parle, Lili est rigoureuse et consistante
Elle sait trouver les bons arguments, elle est pertinente
Elle sait conjuguer Islam et modernité
Elle a l'esprit ouvert, elle est tolérante
Lili est douce, généreuse et charmante

Lili est médecin
Aider les gens, sauver des vies c'est son destin
Lili est jeune, il lui reste encore du travail
Il lui reste encore du chemin
Parfois paresseuse, mais persévérante, elle réussira inchAllah un beau matin
Et à chaudes larmes, le coeur battant, elle remerciera le Divin

Lili chérie je ne t'ai jamais rencontrée hélas
J'attends avec impatience le jour où je pourrai te serrer la main et te faire face
Je t'ai connue comme d'autres amis grâce à un forum
Puis Facebook et tout ce qui finit par ".com"
Génération Internet, on nage dans le virtuel
Mais ta voix est si sincère quand elle me vient de l'autre bout du tél
Tes mots sont tellement doux et réconfortants quand je t'appelle
Par une nuit froide où je redeviens une petite fille qui sort tout juste de la maternelle
On nage dans le virtuel, mais ton affection est bien réelle
Une amie attentionnée, sensible et fidèle

Lili tu me connais aujourd'hui mieux que tous mes amis
Que dis-je ? Mieux que ma famille
A toi je peux tout dévoiler
Tu sais bien garder mes secrets
Alors je n'ai d'autre choix que de t'aimer et te respecter
Pour l'amie fidèle que tu es
Pour la petite soeur ma complice et alliée
Pour la musulmane corps et âme que tu es
Pratiquante, consciente et engagée
Pour la fille douce, calme et spontanée

Lili tu rougis ?
Laisse moi dire la vérité 
A toi d'abord puis au monde entier
Pardon ? 
Tu veux que j'arrête ? 
Tu as peur d’attraper la grosse tête ?
Lili tu es émue ? 
Moi aussi tu sais, je suis soulagée
Cela fait longtemps que je voulais t'écrire
Ici même sur la Désenchantée
Voilà qui est fait, je crois que je n'ai plus rien à dire
Les mots me fuient et comme au début
Je me sens maladroite, j'ai les mains moites
Alors au final, j'ai envie de te souhaiter 
Tout ce qu'il y a de bon, de beau, de doux pour l'éternité
J'espère de tout coeur te retrouver au Paradis
Quand tu me souriras et moi aussi...
Nous sourirons ensemble inchAllah jusqu'à l'infini !
  

Poème entamé je ne sais plus quand, achevé début mars, publié aujourd'hui pour rendre hommage à une amie, ma Lili à moi, elle s'appelle Leila.