La statue : encore un jeu d'enfant



Après La chaise, ce souvenir éveillé en moi lors d'un 7 novembre d'antan, de l'avant révolution, un 7 novembre à la con, une vraie source d'inspiration. Après la chaise, vient la statue, encore un jeu d'enfant, j'y ai joué à six, sept, huit, ou peut-être avais-je neuf ans ? On était comme d'habitude un groupe d'enfants, le même, et on s'amusait comme seuls savent le faire des gamins entre six et neuf ans. Le jeu consistait à bouger, à danser, à sauter, à gesticuler comme des fous, et à un signal donné, il fallait s'arrêter, cliquer sur le bouton "pause", et un de nous se chargeait de la tâche ô combien facile de nous faire changer de pose. Il devait tout faire pour ramener à la vie ces statuettes, leur arracher un sourire à ces faces muettes. Je n'ai jamais été forte à ça, je souriais vite fait, je ne pouvais pas résister. Oui c'était marrant, mais pas autant que La chaise, il y avait plus d'action à ce jeu là ! On courait, on se disputait nos places, mais dans La statue il suffisait de faire face au regard de l'autre, s'immobiliser, oublier un instant qu'on était en train de respirer. Je n'aimais pas trop ce jeu là à vrai dire..

Mais aujourd'hui je donnerais tout pour pouvoir y rejouer, pour trouver des gens qui voudront bien faire semblant avec moi de ne plus bouger, on sirotera ensemble quelques instants même courts d'inexistence, ce que j'ai besoin de disparaitre parfois, de renier ma présence. J'aimerais bien jouer à ce jeu même seule, je n'ai pas besoin de lui, ni d'elle. Tant de fois j'ai souhaité être une imbécile heureuse, combien de fois j'ai souhaité n'être plus qu'une chaise. Un objet, une statue, j'en aurais été bien aise. Je suis fatiguée de cette sensation de dégout, de ce malaise. Je suis fatiguée de voir, d'entendre, d'écouter.. 

Ce que je vois ne me plait pas.. 

Ce que j'entends revient me hanter par moments

Ce que j'écoute, me fatigue et me dégoute..

Fatiguée je le suis d'être toujours en vie, le coeur battant, les yeux clignant. Il y a trop de mocheté dans l'air, trop de regards noirs  accusateurs, mourant de faim, mourant de froid, ou simplement de peur. Il y a trop de gros mots éparpillés dans l'atmosphère, trop de prostitution journalistique dans les médias d'aujourd'hui et d'hier, trop de malhonnêteté,  trop de crimes et  puis cette tumeur, fatale erreur, notre révolution est-elle juste une rumeur ? Et ce manque de pudeur, dans les rues, dans les têtes, dans les regards ?  Pour Dieu les gens n'ont plus d'égards...

Y a trop de striptease sur les réseaux sociaux, d'objets, de corps, d'idées et d'égos. Ah ils sont devenus fous à lier, j'en ai marre de les entendre jazzer, là dans mon oreille et  chuchoter, c'est trop de voix parlant en même temps, j'en ai ras le bol, oh viens me chercher, viens j'ai besoin de toi maintenant !

Vient petite fille de huit ans, dans ta robe blanche, joyeuse enfant tu te déhanches, tu danses sur des rythmes que toi seule peux écouter, tu danses sur les rythmes au goût exquis et sucré de l'enfance désabusée. Regarde-moi, j'ai vieilli, je suis devenue une désenchantée, une désenchantée qui ne cesse de raconter sa vie à des inconnus, comme une grand-mère, malade, lasse mais fière, comme une grand-mère dans une station de métro plongée dans ses souvenirs d'antan, bloquée dans l'ère jurassique de son enfance, de ses vingt ans...

Grand-mère vient me chercher, la fille en moi ne cesse d'exister, vient me raconter pour la centième fois tes aventures d'autrefois,  viens je t'écouterais volontiers, je ne te dirais pas cette histoire je l'ai déjà écoutée, non pas cette fois .. grand-mère vient me retrouver, que je puisse me balancer sur ton dos quand tu pries, que je puisse poser ma tête sur ton épaule et oublier tous mes ennuis, oublier  un peu que je SUIS.


Pensée à mes grand-mères parties pour un monde meilleur, je leur souhaite le Paradis, je prie et j'espère.



4 commentaires:

en un mot : j'adore !
je parle du jeu :p
allez, je te taquine, je parle des deux : le jeu et surtout ton article merveilleux ! Bravo !
( malgré la tristesse et le désenchantement ... ) .
Rabbi m3ak ;)

 

Merci ma chérie, tu m'as manqué par ici tu sais :shy:

Rabi m3ana nchAllah :)

 

Ma Primevère,
C'est pas mal, mais désenchantée deviendrait-elle melancolie?
Est-ce la photo qui a inspirée "grand mère...que je puisse me balancer sur ton dos quand tu prie",ou est-ce la réelle réalité.
Bizarrement, bien que nos âges diffèrent j'ai le même souvenir avec ma grand mère paternelle lorsqu'elle priait, et elle aussi nous racontait des légendes souvent en rapport avec les débuts de l'Islam.
Merci de m'avoir permis de lui adresser là où elle se trouve une pensée émue.

 

Non t'inquiètes, c'était plus un exercice littéraire qu'autre chose :)

Oui ce sont les deux photos qui ont fait naître l'article, t'imagines ? la deuxième n'était même pas prévue, c'est venu comme ça, au gré des mots :)

Mais je voulais écrire un article sur mes grand-mères depuis longtemps ..

Je me rappelle que je me balançais surtout sur le dos de mon père, et ma grand-mère nous racontait sa vie, ses histoires qu'elle a vécues, une grande femme .. c'était pas que des légendes :')

et puis "des légendes" ?

 

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