Le silence des agneaux


Ils étaient là partout où tu vas, ils faisaient du bruit, communiquaient entre eux dans une langue qu'eux seuls peuvent comprendre, comme s'ils se consolaient les uns les autres de leurs pertes respectives, imminentes,  du sort qui les attend au petit matin : la mort les guette, c'est leur destin. Ils se faisaient des adieux nocturnes, mais à une heure précise de la nuit ils se sont tus, on ne les a plus entendus ! Comme s'ils se sont mis d'accord pour se taire au même moment, seul le silence règne à présent ! Dieu que leur silence est immense et grand ! Majestueux, imposant ! C'est le silence des agneaux la veille de leur exécution, le silence de la résignation de ceux qui viennent et s'en vont sans faire trop de bruit, sans déranger autrui. Au matin, ils seront sacrifiés et se tairont à jamais ! 

Pourtant je n'oublierai jamais leur silence déchirant, j'aurais aimé qu'ils émettent un son, une plainte, un gémissement. Quelque façon de montrer qu'ils ne sont pas contents, une protestation ! Mais rien de cela n'arriva, ils étaient dans un état second, un état que le commun des mortels que nous sommes ne peut en percer le secret ou cerner la signification ! Cependant, je me lance dans mes spéculations, je dirais que ces agneaux ont compris que personne ne viendra à leur secours alors ils ont choisi de s'en aller de ce monde dignement ! Unis par leur silence complice, forts de leur union, ils deviennent supérieurs à leur bourreau arrogant ! Ils s'élèvent au dessus de la mort et la défient courageusement...

Triste tableau qui se répète depuis la nuit des temps, triste fête pour cette jeunesse qu'on égorge tous les jours de tous les ans, triste sort pour un peuple qu'on tue à petit feux, qu'on brûle vif par moments, triste mort pour ces agneaux, innocents, impuissants, pris au dépourvu, emmenés là où on ne les verra plus ! Le sang des agneaux coule à flot sur la terre sainte de la Palestine, le sang des agneaux coule à flot, rouge et chaud dans les ruelles pauvres et nues de Gaza, de Bagdad et d’Afghanistan, là où il fait bon de mourir de froid, de faim, de feu, de peur, ou de mort tout tout simplement. 

Toutes les nuits on entend leur silence, le silence terrible qui précède la mort, car ils se font égorger tous les jours et tous les jours dans le silence, parfois on les tue à petits feux, on leur enlève un enfant, un frère ou un neveu. Le loup est fou furieux, il a soif de sang, et c’est du sang des agneaux qu'il se nourrit à tout instant, au vu et au su des moutons qui regardent sans rien faire parce qu'ils n'osent pas voir ailleurs, ils n'osent pas lever la tête vers le ciel, y découvrir un autre soleil ! Alors tant que les moutons se tairont, on entendrait tous les soirs le silence des agneaux triste et déchirant ! 

3 commentaires:

aye, j'ai presque honte de manger de la viande !!!!

non sérieux, c'était une bonne occasion d'en parler de ces gens qui s'égorgent tous les jours, car à ce que je vois personne n'a plus envie ou n'a plus la force d'en parler par habitude ou pas lassitude qui sait !!!

en tout cas Bravo sœurette pour la réflexion

 

Super bien écrit :)

 

@ Vannoussa: oui c’est ça par habitude, par lassitude et aussi par honte ;) merci fleurette :)

@ Marouen : merci l'ami et bienvenue chez moi :)

 

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