L'épileptique

Hier quand la journée touchait à sa fin, quand je n’attendais d’elle plus rien, un jeune homme s’est présenté à notre bureau, il a demandé un service mais il s’était trompé de « porte ». Alors il est sorti et nous parlions encore de lui quand il a réapparut : il voulait un verre d’eau. Cette fois-ci j’ai pris le temps de le regarder et j’étais atterrée de voir ce jeune homme si maigre qui luttait pour ne pas tomber. A peine a-t-il trouvé une chaise qu’il s’est écroulé, et malgré les spasmes qui le secouaient de la tête aux pieds, il a fait un ultime effort pour avaler un peu d’eau. Au bout de quelques minutes d’angoisse, il a repris ses esprits, alors il a sourit comme pour nous rassurer. Pourtant ses mains et ses pieds continuaient à trembler, il a voulu se lever mais il était encore trop faible. Alors il s’est rassis et nous a dit tout en souriant : "ça va aller, je vais bien, que Dieu vous bénisse." Et devant nos yeux interrogateurs et compatissants, il a continué en disant : " je souffre d’épilepsie, ce matin à la sortie de la mosquée je me suis évanoui et je ne me rappelle pas de ce qui m’est arrivé depuis. C’est le pompier qui m’a raconté comment je suis tombé la face contre le chemin de fer, la femme effarée qui depuis son balcon s’est mise à crier, et les gens qui ont appelé les secours pour me transporter à l’hôpital. En sortant et comme je me sentais mieux, je suis venu ici à la recherche d’emploi. Apparemment je me suis trompé, j’ai surestimé mes capacités ".
 
Il parlait la tête baissée, sourire aux lèvres, sans nous regarder et à mesure que je l’écoutais ma peine grandissait, mes yeux qui le fixaient étaient devenus humides, une, deux, trois gouttes sur le bureau, des larmes de compassion puis d’admiration car il a continué en disant : " Dieu merci, je m’estime heureux par rapport aux autres. Avant j’étais ignorant et têtu, je refusais de prendre mes médicaments, je me révoltais et je disais pourquoi moi ? Pourquoi je suis comme ça ? Aujourd’hui s’il y a deux choses que je n’arrêterais jamais ce sont : ma prière et mes médicaments ! je remercie Dieu en toute circonstance, j’ai vu des horreurs, j’ai vu un jeune garçon mourir devant moi, c’était un enfant il avait passé l’après midi avec son papa, et pendant la nuit il s’est mis à pleurer, il me disait je veux mon père je veux le voir, il me manque, alors j’ai essayé de l’apaiser, de le consoler mais il était très agité dans son lit, soudain je l’ai entendu ronfler puis se blottir violemment contre ses draps, il était mort ! Alors même si aujourd’hui je suis malade, même si ça m’est arrivé de passer une semaine dans le coma, je m’estime heureux et je remercie le bon Dieu pour ce qu’il m’a donné".
 
Il s’est tu un moment puis il a continué : "une fois j’ai vu un garçon aveugle et son père marcher dans la rue, quand soudain le fils a trébuché et est tombé sur les rails du train qui arrivait à toute allure, alors j’ai vite débarrassé le père de son sac et il a pu relever son fils à temps et le mettre à l’abri. Ils faisaient peine à voir, je les ai donc abrités chez moi pour la nuit et le lendemain je les ai accompagnés à l’association des handicapés. Tout ça pour vous dire qu’il y a toujours pire que soit et qu’il faut accepter son destin et y faire face avec courage. Mais la seule chose que je ne supporte pas c’est d’être maltraité et offensé, je préfèrerais mille fois mieux qu’on me batte, qu’on me torture, je serais couvert de sang mais j’en guérirais. Les mots blessants eux restent à jamais gravés dans ma mémoire et me suivent toute ma vie ! Comme l’autre jour où je n’avais pas d’argent pour acheter des médicaments, et le pharmacien qui a refusé de me les donner et de patienter jusqu’à ce que j’aie de quoi le payer. Il m’a humilié devant tout le monde, pourtant il fait la prière à la mosquée. Méfiez vous, tous les prieurs ne sont pas forcément bons, je l’ai appris à mes dépends ! On dirait que l’argent durcit les cœurs, j’aurais peut être fait comme lui si j’étais riche mais pas de cette façon si méchante et inhumaine ! Enfin, il ne faut jamais faire confiance à qui que ce soit et n’attendre rien de personne".

Et le voilà qui sourie encore, puis il nous a saluées, remerciées et il est parti d’un pas faible et hésitant. Il nous a enchantées, émerveillées par son courage, sa patience, sa force enfin ! Car il a beau être malade, épileptique, il était plus fort que nous! Il avait un moral d’acier et une foi inébranlable en Dieu et en lui ! Il était à la fois pauvre, chômeur et malade, mais il trouvait le moyen d’en sourire, d’embrasser la vie, de dire merci ! Il a eu des crises d’épilepsie car il n’avait pas pris ses médicaments faute d’argent et pourtant il était reconnaissant envers son Créateur et s’estimait heureux par rapport aux malheurs des autres. Alors de voir quelqu’un comme lui, un modèle de courage, de patience et de bonne volonté je ne pouvais que l’admirer, le respecter et me sentir toute petite face à sa grandeur ! Il était d’une autre race, celle des souffrants mais fiers, forts et contents ! Moi je fais partie de ceux qui ont tout mais qui sont fainéants, fragiles, pleurnichards et mécontents. Alors de nous deux qui est le plus heureux ? Qui est le plus intelligent ?

4 commentaires:

This story is very touching. People like the man you described in your story are really a good example on how we (humans in general) are very shortsighted. We live in a shell and think that nothing else matters but our own stories, problems, sufferings which pales in comparison to others real tragedies. I am glad he is accepting his fate and living his life as best as he can. That takes a lot of courage and faith which not everyone has. I would be the first to tell you that I don't think I have his courage and I don't think I can tolerate living when life is so painful. Yes, that's a weakness of mine and I don't pretend to hide it.

LAX

 

belle histoire!!!!!
quand on est beau , intelligent et jeune. on attend que nous serons heureux, on aura un beau mari (ou une belle femme), on aura une belle maison, une belle voiture car on est beau , intelligent et jeune. Tout le monde te condamne à la réussite. On n'accepte pas l'échec, car c'est un mot qu'on appris à négliger. Mais hélas, la vie est un peu plus dure que ce qu'on imaginait.

Mais quand tu es malade, tu es condamné à l'échec. On attend plus rien de toi. Donc toute réussite est une victoire. Car tu es allé au delà de tes capacités, de tes attentes et des attentes de ton entourage.

J'ai vu ce matin l'histoire d'un enfant palestinien qui est né avec des membranes incomplètes. Il est le premier de sa classe, il a appris 10 ahzabs du coran, il est souriant et heureux.

 

Emue! :')

نعمل في دورة
:p

 

ايييه يا حسرة !

C'est l'occasion pour moi de constater avec étonnement que j'ai pas répondu à ces commentaires ! mean me :D

مرحبا بيك

ta présence me flatte fouineuse :p

 

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