Mon coeur est au pays des merveilles (ép17)






Épisodes précédents :  123456789101112131415, 16.

Jeddah, fin mars 2010.


Non, on n'aurait pas dû quitter Makka, mais on était un peu séduits par l'idée de visiter une nouvelle ville .. Jeddah. Il n'y avait pas de place pour tout le monde, on avait prévu un seul minibus, les volontaires n'ont qu'à se lever bien tôt.  Mais finalement, nous avons passé une heure ou plus à attendre les autres, enfin les VIP, genre la nièce du chef de groupe et son fils. Moi j'en ai profité pour acheter à ma nièce une poupée. Il y en avait de très jolies et à bon prix  (China merci). J'ai choisi pour ma petite blondinette une poupée habillée en rose. Mais insatisfaite et hésitante que j'étais, j'ai dû vaincre ma timidité pour retourner auprès du vendeur à l'air  sévère et lui casser les pieds. J'étais trop hésitante, et quand mon père est venu m'appeler (il n'était pas content non plus) j'étais déjà debout depuis un bon quart d'heure à hésiter entre la poupée en rose et celle en pistache mais avec une figure qui m'a semblée plus parfaite, plus .. gentille ? Je précise que c'était le même modèle, j'étais juste tiraillée entre la couleur rose (ma préférée) et la face gentille de la deuxième poupée, finalement c'est mademoiselle pistache qui l'a emportée. Allez c'est bon le pistache, c'est original. Je me consolais ainsi en suivant mon père qui vociférait qu'à cause de moi, on n'allait pas trouver une place .. moi j'avais la tête ailleurs, je pensais à la poupée en bleu, et si c'était la meilleure ? 

( Pour ma défense il fallait du temps aussi pour vérifier que la poupée danse bien et chante et que c'est pas la faute des piles si elle ne le fait pas :p )

Nous voilà enfin, ma tante, mon père et moi, debout, bredouilles devant la voiture qui était presque pleine, on était trop nombreux, on devait être prioritaires mais par ma faute, par ma longue méditation devant ces poupées chinoises,  il n'y avait plus de place pour nous trois, voilà. Ma tante s'est fâchée, elle était la plus motivée à aller, elle s'est d'autant plus indignée que l'une des voyageuses lui a dit que de toute façon c'est mieux pour elle de rester, qu'elle était trop âgée et que le voyage la fatiguerait, surtout qu'elle avait les pieds usés. Enorme maladresse, il ne fallait pas réveiller la lionne qui dormait en cette septuagénaire, la voilà à protester, à tempêter qu'elle allait très bien et qu'elle était parfaitement capable de marcher, voyager, sauter, voler s'il le fallait...


Soudain, le problème s'est résolu comme par magie. Merci à qui ? A cet homme dont je vous ai parlé aux premiers épisodes, cet homme qui malgré sa modeste corpulence, nous a aidés ainsi que d'autres à récupérer nos bagages quand nous avons atterri à la Médina. Et bien cette fois c'est précisément sa petite silhouette qui a joué en notre faveur, le brave homme s'est sacrifié, il a passé le trajet accroupi ou je ne sais quoi, pour libérer le siège fatal qui manquait à notre compte. Cette fois c'est bon, ma chère tante a eu sa revanche, elle est montée d'un air triomphal et s'est installée à l'arrière, moi aussi d'ailleurs. Et hop c'est parti, pour un voyage de soixante-dix kilomètres dans un minibus où certains réclamaient le climatiseur, d'autres s'en plaignaient. Moi j'ai pas aimé le chauffeur par intuition, plus tard il m'en a donné une bonne raison : il ne s'est pas pointé à l'heure fixée du retour !!

Mais bon j'ai gâché le suspense. Le fait est qu'il nous a déposés devant une magnifique Mosquée à Jeddah, avec un jardin et une fontaine (qui marche!). On s'est mis d'accord qu'il allait revenir nous chercher après la prière d'El Assr. Mais mes chères compatriotes ne l'entendaient pas de cette oreille. Et comment ! Jeddah étant une ville côtière, "tout" s'y vendait moins cher qu'à Mecque ou Médine. Et quand on s'est retrouvé après Al assr, mes  camarades n'étaient qu'au tout début de leur journée placée sous le signe du shopping ! De toute façon M. le chauffeur n'était pas au rendez-vous, il ne répondait pas à nos appels non plus. Bon c'est pas grave, on va s'amuser quand même .. à faire le shopping, advienne que pourra. Voilà la groupe-mentalita. Mais nous trois faisant le jeûne étions désabusés. WHAT ? On va moisir ici jusqu'à la tombée de la nuit ? Pis encore, on allait rater la prière du Maghreb, quel gâchis ! Mais que faire ? La démocratie c'est ça :) La majorité était pour une ballade dans les rues de Jeddah !

Ah je ne vous ai rien raconté sur la ville, ben Jiddah quoi, la modernité, les bâtiments énormes, luxueux, les voitures flambant neuf, des femmes portant un jelbab mais nue tête d'autres avec des mèches blondes sortant délibérément de leur tête, lunettes de soleil dernier cri et make up assorti, je ne pensais pas que ce genre de "flashs" existaient en Arabie-Saoudite. Ben c'est toujours comme ça les villes côtières hein ? On est très ouverts, parole d'une bizertine ! Et puis ce qui a attiré mon attention à Jeddah c'est qu'elle grouille d'indiens, aux regards perçants, je voulais avoir un sari, j'en avais très envie, (ben quoi ? j'avais pas le choix) mais à mon plus grand désarroi j'ai appris que ce n'est qu'un grand bout de tissu, et que les indiennes savent comment le mettre sans besoin aucun de le coudre. J'étais découragée, acheter un sari qui coûte une fortune  pour le mettre entre les mains d'une couturière tunisienne qui n'y entend rien, non merci. En plus j'aime pas trop les couleurs flashy, ni les regards insistants des commerçants, sortons d'ici !

Au milieu de ces ténèbres il y avait quand même un petit rayon de soleil, un coup de coeur. Ce jour là j'ai découvert qu'un gamin de cinq ans m'aimait passionnément. :D Vous savez le fils VIP de la nièce du chef du groupe ? C'est lui ! Il m'a accueilli d'un large sourire quand je m'apprêtais à monter dans le minibus, il a pris mon visage entre ses petites mains, me caressant la joue et me souriant comme seul un enfant sait le faire : c-à-d de toute son âme, de tout son coeur! Il était trop content que je sois de la partie, mais je n'aurais jamais imaginé qu'il me chérissait ainsi. Il était encore très heureux de me retrouver plus tard à la Mosquée de Jeddah, il se sentait seul au milieu de tous ces adultes, et moi aussi, c'est à croire qu'il a vu la petite fille qui habite en moi, ou je ne sais quoi. Toujours est-il qu'à la sortie de la mosquée il a pris ma main, ne voulant plus la lâcher. Il ne voulait ni de sa jeune maman, ni de sa grand-mère, il voulait rester avec moi pour la suite de la promenade, sobhan Allah. Ses proches amusées au début de l'idylle de leur enfant chéri, lui ont lancé des regards méchants, et des appels intransigeants quand il a préféré ma compagnie à la leur ! Ah je n'en revenais pas, de cette jeune amitié, que je n'ai pas vu arriver, merci petit ange de m'avoir aimée, merci d'avoir réchauffé un peu le coeur solitaire de la Désenchantée. 


Rangez vos mouchoirs, cassez les violons, la minute tendresse est passée, revenons à nos moutons. Les voilà fatigués de ce tour en ville improvisé. Nous voilà après avoir trainé les pieds nonchalamment derrière le groupe, ok et maintenant on fait quoi ? On s'entasse devant la mosquée pareil à des sans-abri, attendant je ne sais quoi. Non le vilain petit canard de minibus ne vient toujours pas, il faudra trouver autre chose. Comme quoi ? Comme ces belles voitures blanches, venez par là !  

PS. Pour la version arabe de "mon fiancé a cinq ans", cliquez ici.

PS'. La photo ci-haut is taken by me :) 

3 commentaires:

C'est fou la différence qu'il semble y avoir entre Jeddah et la Mecque.
On est loin du calme et de la spiritualité qui se dégage de la Ville Sacrée.
Ça doit être comme ça avec les villes côtières pleines de shopping et vides de tout le reste.
Quoi que, il y a la bouffe aussi c'est pas négligeable. Mais je crois que vous étiez en train de jeûner.
Bref, pendant un instant j'ai cru lire que Jeddah " grouille d'indiens, aux regards persans" lol
Et puis j'ai relu et je me suis dit de toute façon c'est quoi un regard persan...
Merci pour le voyage :)

 

Salam Alaykom,

Sayda Khadija (RAA) était bien plus âgée que notre Prophète (SAWS), qui sait, si ce petit, ne sera pas un jour, un homme tant chéri :D

Sinon, pour Jeddah, ça ne m'étonne pas... En fait, plus rien ne m'étonne... Ni là-bas, ni ailleurs ;)

Le fric dirige le monde. Partout. C'est triste, hein?

 

@ Khaldoun : la différence entre Jeddah et Mecque est la différence entre une ville (côtière ou pas) quelconque et une ville sacrée c'est simple :)

lol et je t'en prie :)


@ TM : wa alaykom al salam wa rahmatou Allah wa baraketou

wé pourquoi pas, après tout 22 ans de différence d'âge c'est rien :D

Bon faut pas dramatiser non plus, une femme en jelbeb c'est déjà excellent, et puis la femme en question avait les traits asiatiques, et les cheveux tout lisses, si ça se trouve elle n'est pas saoudienne de souche ou carrément une non musulmane. Enfin bref, si seulement nos filles sortant à moitié nues pouvaient en faire autant : se couvrir le corps et laisser les cheveux ! Même si je n'aime pas les choses à demi faites, mais t'as compris ce que je veux dire, on a un diction tunisien qui dit : fel ham ma te5tar, autrement dit entre le mauvais et le pire on peut toujours choisir !

Sinon oui le fric dirige le monde et c'est triste of course, toutes ces guerres c'est l'argent derrière .. hasbouna Allah wa ne3ma al wakil :)

 

Enregistrer un commentaire