Mon coeur est au pays des merveilles (ép10)



Il y a un an jour pour jour ..  je n'aurais jamais cru mettre plus d'un an pour terminer ce récit, le récit d'un voyage au plaisir inouï !  


Épisodes précédents :  1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9.

Makka Arabie Saoudite, 25/26  mars 2010

La Médina était en train de nous échapper à mesure que le bus avançait vers cette nouvelle destination, Makka ! La femme qui était assise à mes cotés  ronflait déjà, dès les premiers "pas", tandis que je m'étonnais de ce gigantesque embouteillage dans lequel nous étions coincés. Je contemplais ces voitures japonaises et américaines très larges, luxueuses typiquement "saoudiennes", j'écoutais la radio locale, des rythmes khalijiens, je me sentais vraiment touriste et je l'étais. Je voulais m'imprégner de toute cette ambiance qui m'était inconnue, mais un peu honteuse, j'ai vite changé de station.  Ecoutons un peu le Coran, n'est-ce pas le but finalement ?  

J'ouvre les yeux, je ne me rappelle plus à quel moment je me suis endormie mais avant il faisait frais et maintenant j'étais en sueur. Quelle chaleur suffocante, si pesante. Ah le climatiseur ne marche plus ! Génial ! Et cette femme à côté de moi  ronflait toujours et encore, imperturbable avec son rythme régulier. Soudain elle se réveille, j'en profite pour descendre. C'était la pause, une pause qui a duré plus d'une heure. J'ai voulu prendre quelques rafraichissements, du thé s'il vous plait sans sucre, j'ai prononcé cette phrase dans un arabe littéraire pour éviter tout genre de confusion. L'homme qui me servait s'enquit de ma nationalité, j'ai répondu Tunisie. Ah c'est bien vous parlez bien l'arabe. J'ai dit oui naturellement ! Et là il m'a posé la question qui tue : "pourquoi vous parlez trop le français dans les pays du Maghreb ?". Que lui dirai-je ? Que la France nous a colonisés ? Quelle absurdité ! Et comme s'il lisait dans mes pensées, il m'a dit : je suis originaire du Yemen, mon pays a été colonisé par les anglais durant 300 ans et pourtant on ne parle que l'arabe ! J'ai eu beaucoup de respect pour cet homme et son pays, et en revenant au bus, tenant entre les mains ce thé brûlant, je méditais sur ma Tunisie : pourquoi cette schizophrénie ? ..

[Vous vous étonnez peut être (si vous êtes concentrés) du contraste entre : rafraîchissements et thé brûlant, eh bien rassurez-vous le thé c'était pour mon père, moi j'ai pris un soda.]

Nous avons repris la route et sommes vite arrivés à destination, en pleine nuit. Je voyais cette immense montagne avec ses lumières flamboyantes, le bus nous emmenait toujours plus haut et c'est là que j'ai réalisé enfin que cette montagne n'est autre que le Haram et les somptueux bâtiments environnants. On y est : bienvenue à Makka ! J'ai levé la tête pour voir le nom de l'hôtel (ce détail aura son importance dans le prochain épisode), j'ai lu : Hawazen. En pénétrant à la réception, l'étroitesse de la salle m'a frappée de plein fouet ! Après j'ai compris que vu le relief montagneux qui caractérisait la région, on parait le manque d'espace par la hauteur des bâtiments. Alors, quand notre groupe a fait irruption dans la réception, le personnel de l'hôtel était visiblement de  mauvaise humeur, carrément agacé, on était trop nombreux, trop chargés et on gênait la circulation ! 

Tout en étudiant les visages fatigués de mes compatriotes, j'attendais  le verdict : dans quel étage allait-on nous fourrer cette fois ? Ah le 12ème, bon c'est déjà mieux que l'autre hôtel où on logeait au 13ème, quelle différence ! Par ailleurs, la chambre  d'hôtel était vraiment minuscule, une chambre conçue à la base pour accueillir deux personnes et que la cupidité du propriétaire l'a transformée en une cage à trois hiboux. Et pour comble de bonheur il y avait cette flaque d'eau au milieu des 2 m² de surface disponible ! J'étais aux anges ! C'était la goutte qui a fait déborder le vase ! Je ne voyais pas comment j'allais passer une semaine dans cette chambre charmante mais trop petite pour moi, mon père et ma tante. J'étais carrément désespérée mais la fatigue a pris le dessus et je me suis abandonnée au confort de mon lit douillet ...


Deux heures plus tard je me suis réveillée en sursaut, notre chef de groupe nous a appelés pour faire la Omra ensemble. Et c'est le coeur battant de joie et d'excitation que je me suis dirigée vers l'ultime raison pour laquelle j'étais là : la Kâaba ! Au bout de dix minutes de marche, nous traversions l'une des principales portes menant à l'intérieur, et là je l'ai vue .. belle, imposante et fière. Je me suis rappelée qu'il était bon de prier en ce moment précis, ce que j'ai fait ! Et je me suis dit qu'elle n'était pas aussi grande que je l'imaginais.. je me trompais .. J'étais encore dans mes réflexions quand une femme de notre groupe m'a attrapée par le bras et m'a dit de ne jamais la quitter sous aucun prétexte durant les sept tours qu'on allait effectuer autour de la Kaâba. J'étais touchée par son geste mais je trouvais son action exagérée.. encore une fois je me trompais .. car il était très facile de se perdre ici, des gens pouvaient nous couper la marche à tout instant, notamment ces chaines humaines turques, qui n'hésitaient pas à bousculer les autres pour sortir de cet énorme "manège", .. Une fois terminé les sept tours, nous nous sommes dirigés vers les robinets pour boire l'eau de Zam-zam, puis nous avons fait la prière et enfin il ne restait plus qu'à effectuer les sept allées et venues entre Al Safa et Al Marwa. Nous étions tous ensemble, des femmes se sont occupées de ma tante, mais à un certain moment j'ai entendu le bruit d'une chute, et devinez qui c'était ? Ma pauvre vieille tante, qui à cause de moi a eu un malheureux incident avec l'escalator à la Médina et voilà qu'aujourd'hui encore,  entraînée dans une course folle avec des femmes qui avaient l'âge de son fils,  est tombée la tête la première par terre ! Le groupe s'est éloigné bien évidemment, nous sommes restés sur place à attendre qu'il fasse le premier tour mais en vain alors nous avons décidé de terminer tout seuls. Cette fois mon père a escorté sa soeur, et ma tante du haut de ses soixante-dix ans (ou plus) avec un pied presque blessé a accompli l'énorme exploit de faire les sept tours ! 


Encore émerveillés et bercés par la douce sensation de celui qui a fait son devoir, on a entendu l'appel à la prière. Un appel assourdissant, imposant, magnifique ! Je me rappellerai toujours de cette petite fille indienne qui s'est mise à pleurer effrayée qu'elle était de la voix qui disait Allah akbar ! Ses parents avaient beau la consoler, elle était encore terrorisée, pauvre petit coeur ...  C'était un vendredi, Abd Al Rahmen Al Soudays a fait la Khotba dans un arabe littéraire que seule l’élite pourrait bien comprendre. Le thème était, si je me souviens bien : la vie de couple. Ensuite est venu le temps de prier ! Il avait récité sourat Al ghachya, et je n'en croyais pas mes oreilles. Car cette même sourat je l'avais dans mon portable et je l'écoutais avec la voix d'Al Soudays, mais de l'entendre là en live, un vendredi 26 mars 2010, cela m'a vraiment enchantée ! J'étais très émue, heureuse et reconnaissante ! 


Papa m'avait demandé auparavant de l'attendre pour fixer le lieu où nous nous verrons à la fin de la prière, mais comme il a tardé je ne l'ai pas attendu. Et confiante en moi et en la simplicité du trajet, j'ai emmené ma tante en direction de l'hôtel. Mais cette fois la route n'était plus la même, la pente était trop raide, les visages trop hostiles, les voitures trop nerveuses et le monde tout simplement différent et indifférent ! Je ne voulais pas y croire, je persistais dans ma marche obstinée, en espérant voir quelque paysage familier, mais plus j'avançais, plus la réalité se montrait à moi dans toute son horreur : j'étais bel et bien perdue avec une vieille dame au pied meurtri qui comptait sur moi pour la ramener dans cette chambre que je critiquais quelques heures plus tôt, mais que je donnerais tout pour la retrouver à présent !  

4 commentaires:

très bel article *-* j'adore ! je me suis imaginée à ta place, face à la Kaâba *-* inchAllah nzourouha *-*
et je suis curieuse de lire la suite :D
quand t'as parlé de cet homme yéménite, qui t'as demandé pourquoi on parlait Français, tu m'as rappelé une scène pareille qui m'est arrivée quand j'ai visité Damas, une femme voulait nous parler , elle hésitait, et puis elle nous a demandé si on comprenait l'Arabe !! ça m'a choquée ! quelle image a-t-on donné à notre pays !!
en attendant le reste, je te souhaite une bonne continuation winchAllah fi 3awda ;)

 

Merci ma belle Lili, contente que ça t'a plu :) eh oui nchAllah fi 3awda le plutôt possible, w la ye7rem menha moumen :')

PS. le prochain épisode nchAllah s'intitule LOST :hihi:

 

je m'inscris pour apprendre le français :)

 

Oh je dois donc redoubler d'attention pour ne pas faire de fautes de français :p

Ta visite me fait plaisir, sois le bienvenu :)

 

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