Mon coeur est au pays des merveilles (ép2)


Médina Arabie Saoudite le 19/03/2010

Nous sommes encore à cette première nuit à la Médina, nous avons tant bien que mal survécu à la "Guerre des bagages". Les bagages, désormais devenus  la responsabilité de ces employés saoudiens portant des chemises bleues et des koufeya sur la tête, des hommes bien bâtis et vigoureux, l'un montait sur le dos du bus, l'autre attachait valises et sacs à une corde qu'il propulsait en haut avec une agilité déconcertante. De l'autre côté, la réception  était parfaitement assurée à ma plus grande surprise et admiration. Je ne revenais pas de voir des hommes aussi forts et habiles ! Alors je me suis retournée et j'ai vu d'autres bus avec d'autres hercules en chemise bleue et koufeya qui balançaient des dizaines de kilos de bagages dans l'air avec la facilité d'un jongleur de cirque. Ils étaient tous pareils : bruns, grands et forts, incarnant la virilité et le charme de l'Homme oriental vigoureux et imposant ! On dirait qu'ils venaient d'une autre époque, celle où les hommes se battaient corps à corps, l'époque des gladiateurs. Leur force physique était
leur gagne-pain. Ils travaillaient dur avec le sourire à 2h du matin, ils avaient déjà placé jusqu'à 3 ou 4 valises quand une vieille dame n'a pas encore fini de gravir les quelques marches du bus. Le contraste était  amusant et frappant à la fois. Le bus s'éloignait déjà de l'aéroport mais j'ai continué à regarder ces silhouettes bleues qui travaillaient sans relâche, c'était un regard plein de tendresse et d'affection, un regard presque maternel, car au fond j'avais de la peine pour eux...

Au bout de quelques minutes, nous étions arrivés à destination : le centre résidentiel Elyes. Ce n'était donc pas tout à fait un hôtel. J'allais le découvrir à mes dépens, mais laissons cela pour le moment. Juste avant que le bus ne s'arrête, j'ai vu de hauts minarets scintillants dans l'obscurité de la nuit et je n'ai pas réalisé que ce n'était rien d'autre que la mosquée du prophète (PBUH). La sublime, l'incontournable mosquée de la Médina. Nous étions tous fatigués mais il fallait s'armer de force et de patience le temps d'avoir une clé, d'être casé enfin avec ses bagages. Je suis restée quelque temps dehors à contempler l'incroyable paysage qui s'offrait à mes yeux : des bâtiments immenses  très hauts et couverts de granit, des voitures américaines et japonaises du genre qu'on voit dans les films, en tout cas on n'en a pas en Tunisie, des hommes, des femmes se précipitant dans la direction de la mosquée... Alors je me suis dit ça y est, tu es bel et bien dans un autre pays complètement différent du tien, cette rue, cette architecture, ces bâtiments, ces trottoirs spacieux,  ces visages asiatiques, tout cela est nouveau pour toi alors profites en. En profiter, je veux bien mais j'aurais tellement aimé que ma sœur jumelle soit avec moi, qu'elle puisse avoir sa part du spectacle, qu'elle échange avec moi des regards émerveillés, des commentaires complices. Oui c'est à elle que j'ai pensé à ce moment et j'aurais tout donné pour l'avoir à mes côtés !

Une  fois sortie de mes rêveries, je suis revenue à l'intérieur de  ''l'hôtel" dans cette salle de réception  encombrée de gens lassés, de regards désolés et de bagages,  où il fallait attendre sagement son tour.  Enfin le verdict est tombé : le bâtiment comptait quatorze étages, nous avons eu droit à une chambre au 13ème. On ne pouvait pas faire pire ou presque. Bon allez, il  y a des ascenseurs ce n'était pas la fin du monde, montons. L'appel à la prière était imminent, il fallait se dépêcher ! 


Se dépêcher ? Pas si sûr. Il y avait trois ascenseurs, l'un était réservé aux femmes, l'autre aux hommes et celui du milieu aux handicapés. Je ne me rappelle plus combien de temps nous avons mis pour y mettre les pieds, mais une chose est sûre : nous avons raté la prière à cause de cela !  Ensuite pour la chambre  je vais faire court : la seule chose qui m'a plu c'était l'oreiller, il était très doux et confortable ! Le décor était bien aussi mais le plancher était très sale ! Ils n'ont pas pris la peine de nettoyer la chambre ! En plus c'est entre ces quatre murs qu'il fallait  que j'apprenne à vivre à trois, manger, se changer, dormir ... Il y avait une cuisine  et des toilettes communes et voilà ! Mon père était tout sourire, ma tante était sur un nuage tandis que j'ai déjà  commencé à  pleurnicher. C'était une bonne leçon d'humilité pour  moi : fille gâtée habituée au luxe et au confort de la maison paternelle. Il fallait que je descende de mon piédestal, que j'apprenne à cohabiter avec les gens ! Soudain, la Tunisie m'a parue si loin...

4 commentaires:

Bravo pour ta belle plume. Quel style et quel beauté! STP Primavera, continue d'écrire. C'est envoûtant. Merci

 

Mercii c'est avec ce genre d'encouragement que je pourrai continuer nchAllah, je suis de nature paresseuse :D Qui que tu sois bienvenue chez moi et merci encore une fois :)

 

C'était fantastique mais pas merveilleux, à ce que je vois. Un monde à part, sale et hypocrite, du luxe à en mourir aux maîtres et de la galère à en crever pour les esclave ou les sous êtres humains (hôtes ou travailleurs). Le moyen âge dans tous ses états

 

si si fantastique et merveilleux les 2 à la fois :p mais j'ai vu bien évidemment l'énorme décalage entre les saoudiens et les asiatiques, africains .. ça m'a fait mal au coeur j'ai vu des choses horribles, j'en parlerai prochainement nchAllah, mais en meme temps ce pays offre à ces pauvres une opportunité qu'ils n'ont pas chez eux, entre mourir de faim et gagner dignement son pain y a une énorme différence :/

 

Enregistrer un commentaire